Les bénéfices économiques du réseau public de service de garde québécois ne se limitent pas au moment où les enfants sont tout petits. Les travailleuses et les gouvernements en tirent aussi avantage bien des années plus tard, constate une étude.Les travailleuses qui ont eu accès aux garderies québécoises lorsqu’elles étaient jeunes mères affichent à 50 ans un revenu supérieur de 27 %. Ce gain, qui tient notamment à un taux d’emploi plus élevé et à la possibilité d’accumuler plus d’expérience professionnelle, profite aussi aux gouvernements, qui dépensent alors moins et engrangent davantage de revenus fiscaux.« Notre étude confirme les résultats d’autres recherches sur l’impact positif à court terme sur la participation des mères au marché du travail et leur niveau de revenu lorsque leurs enfants sont jeunes. Ce qu’il y a de nouveau, c’est la possibilité d’observer et de mesurer l’impact des services de garde jusqu’en fin de carrière », dit en entrevue l’un des trois auteurs de l’étude publiée la semaine dernière par le National Bureau of Economic Research, Kevin Milligan, professeur d’économie à l’Université de Colombie-Britannique.Mieux payéesEn ce qui concerne le revenu, l’avantage pour les femmes qui ont eu accès à des services de garde au cours de leur parcours professionnel est particulièrement marqué dans la dernière tranche d’âge étudiée, qui va de 50 à 54 ans, a constaté le chercheur au côté des économistes Michael Baker, de l’Université de Toronto, et Jonathan Gruber, du Massachusetts Institute of Technology.Comme pour les jeunes mères, le taux d’emploi plus élevé de ces travailleuses expérimentées explique environ la moitié de leurs 27 % de revenus supérieurs. L’autre moitié de cette prime économique vient du fait qu’elles travaillent souvent un peu plus d’heures chaque semaine, mais surtout qu’elles bénéficient d’un salaire horaire plus élevé en raison de leur niveau de responsabilité plus important au sein des entreprises où elles travaillent.On leur confierait ces tâches notamment parce que l’accès à des services de garde a réduit le temps où la maternité aurait pu les forcer à mettre leur carrière sur pause, leur permettant d’accumuler en moyenne 1,7 année d’expérience professionnelle supplémentaire.La pénalité maternelleLa Prix Nobel d’économie Claudia Goldin a été l’une des premières à montrer que l’une des causes du retard salarial des femmes par rapport aux hommes est justement l’expérience professionnelle et les chances d’avancement qu’elles perdent lorsqu’elles doivent mettre leur carrière entre parenthèses pour s’occuper de leurs jeunes enfants.« L’une des nouvelles choses intéressantes qu’on a trouvées dans notre recherche, c’est que l’accès à un système universel de services de garde est surtout payant pour les travailleuses moyennement ou faiblement scolarisées, explique Kevin Milligan. Parce que leurs revenus et leurs perspectives professionnelles sont meilleurs, les diplômées universitaires auraient pu se trouver d’autres options, comme des garderies privées. »« Quand on parle, dans notre étude, des travailleuses de 50 ans qui ont des revenus plus élevés parce qu’on leur a confié des responsabilités professionnelles plus importantes, on ne parle pas de vice-présidentes dans de grandes entreprises, dit-il. On parle d’une cheffe d’équipe dans une petite entreprise ou de la caissière en chef d’un Canadian Tire. »Payant pour les gouvernementsLe réseau québécois de garderies ne profite pas seulement aux travailleuses. Les impôts supplémentaires qu’elles versent et leur recours moins fréquent à l’assurance-emploi ou à l’aide sociale font que les gouvernements québécois et fédéral engrangent, au minimum, entre 75 ¢ et 1,17 $ pour chaque dollar d’argent public investi dans le programme.« Ce sont des estimations très modérées », déclare Kevin Milligan. Entre autres, parce qu’on n’a pas regardé les travailleuses âgées de plus de 54 ans et parce que, contrairement à d’autres, on n’a pas cherché à estimer l’ensemble des retombées économiques et des recettes fiscales du programme québécois.« Ce que cela dit aussi, c’est que les gouvernements doivent voir ce genre de politique comme une dépense immédiate qui rapporte à long terme. »Les dernières années, plusieurs experts et gouvernements se sont penchés sur la question des services de garde dans le monde, y compris dans le reste du Canada, note l’économiste. Le modèle québécois se révèle particulièrement intéressant parce qu’il n’y est pas seulement question de réduire les coûts pour les familles, mais aussi d’en assurer l’accès au plus grand nombre possible. « Et puis, c’est un système qui fêtera bientôt ses 30 ans, ce qui permet d’en voir les répercussions à long terme. »