À la tête de l’Atelier Baudelaire, Camille Baudelaire et Olivia Grandperrin inventent logos, affiches et objets graphiques. Avec une vigilance féministe bien ancrée. Les designeuses graphiques Camille Baudelaire et Olivia Grandperrin dans leur atelier de l’Est parisien. Photo Cyril Zannettacci pour Télérama Par Xavier de Jarcy Publié le 05 septembre 2026 à 15h30 Mis à jour le 08 septembre 2026 à 17h24 Quoi de commun entre Rennes Métropole, la Halle Bernier (centre d’art de Montereau) et le Théâtre de la Croix-Rousse, à Lyon ? Leur identité visuelle a été conçue par l’Atelier Baudelaire. Aider une institution, un artiste ou une marque à se faire connaître est l’une des spécialités de ce duo de jeunes quadras, Camille Baudelaire et Olivia Grandperrin. Pour Rennes Métropole, par exemple, elles ont tracé un logotype aux lignes noires et blanches rappelant le drapeau breton. Un travail tout en sobriété, pour suggérer que l’argent public n’est pas gaspillé. En parallèle, une « charte graphique » établit des règles de présentation pour tous les supports imprimés et numériques. « C’est comme une boîte à outils avec laquelle on joue », explique Olivia Grandperrin. À la création visuelle, le tandem ajoute le conseil « stratégique » sur la manière de diffuser un message, comme une agence de communication, mais avec une structure plus légère et un travail plus personnalisé. Camille Baudelaire, qui a passé une enfance solitaire à dessiner, s’est formée à l’École Estienne, à Duperré, puis aux Arts déco de Paris. Elle ouvre son atelier à Paris en 2008. Olivia Grandperrin a toujours voulu entrer dans une école d’art, mais avait aussi besoin de gagner sa vie. Après des études aux Arts déco de Strasbourg et des détours par les Pays-Bas et le Canada, où elle devient directrice artistique d’un magazine, elle rejoint sa consœur en 2019. Dans leur atelier de l’Est parisien, ces designeuses graphiques fonctionnent « comme deux acrobates en équilibre sur un fil avec des plateaux dans les mains », résume avec humour Camille Baudelaire. L’atelier prend le temps d’écouter ses clients pour s’adapter à chaque contexte, à chaque secteur, de la culture à la santé, sans chercher à imposer un style. Et toujours en s’amusant. « La relation humaine nous intéresse avant tout », précise Olivia Granperrin. Ainsi, le livret rouge et blanc du musée de Cluny à Paris ne ressemble en rien au catalogue aux grandes lettres noires publié pour les quarante ans du Laac (Lieu d’art et action contemporaine) de Dunkerque. Le souci du sur-mesure pousse parfois le studio à utiliser des typographies spécifiques. Pour la nouvelle identité visuelle de l’École supérieure d’art et de design de Reims, par exemple, l’Atelier Baudelaire a mis au point la Rémoise, dont les lettres ressemblent à celles d’une machine à écrire, mais avec plus de fantaisie. Elle a été élaborée avec Eugénie Bidaut, une créatrice de caractères qui dessine des alphabets « non-binaires », où les mots peuvent être lus au masculin comme au féminin. Mettre en évidence les inégalités de genre Car Camille Baudelaire et Olivia Grandperrin s’affirment « très féministes ». Tout en répondant à de multiples commandes, elles mènent des recherches pour mettre en évidence les inégalités de genre par la « datavisualisation » (la transcription de statistiques en images), dont elles aiment la beauté et l’efficacité. En 2023, leur exposition « L’atelier des caractères », à Chaumont, montrait ainsi que le marketing des produits et vêtements pour enfants participe à construire une « identité genrée ». On y trouvait des « datasculptures », comme un nuancier géant constitué de bandes de tissu, prouvant que les couleurs des jouets pour filles et pour garçons sont différentes. De même, leur « datafresque », des cercles colorés peints en 2024 sur un terrain de handball à La Courneuve, rend visible notamment le faible temps accordé au sport féminin par la télévision : 7,6 % (petit cercle) contre 29,7 % pour les retransmissions mixtes (cercle moyen) et 62,7 % pour celles consacrées aux compétitions masculines (grand cercle). Le graphisme s’est lui-même largement féminisé, mais reste l’une des disciplines artistiques les moins médiatisées. Raison de plus pour donner la parole à ses représentantes. À lire aussi : Alerte sur la précarisation du métier de graphiste indépendant : “Ce travail doit se faire dans le dialogue” « Créer une identité visuelle est un peu comme résoudre un Rubik’s Cube. » Photo Cyril Zannettacci pour Télérama LEUR OBJETLe Rubik’s Cube« Jeu, couleur, grille, combinaison, système » et activité « un peu obsessionnelle » : le célèbre casse-tête, inventé en 1974 par un professeur de design hongrois, donne une image fidèle du graphisme, estiment Camille Baudelaire et Olivia Grandperrin. « Il y en a toujours eu chez mes parents, sur les meubles, alors je les bidouillais quand j’étais petite », raconte la première. « Créer une identité visuelle est un peu comme résoudre un Rubik’s Cube. On se retrouve avec plein de beaux éléments qui ne vont pas ensemble, et il faut chercher la logique qui va tout rendre cohérent », ajoute Olivia Grandperrin. Le bon design graphique est donc celui où typographie, teintes, textes, illustrations et technique d’impression s’assemblent dans « une logique implacable ». Arts Graphisme Beau geste Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus