04 septembre 2026 17:00Suivre ses rêves exige du courage; plonger dans l’inconnu mène parfois à la consécration internationale. De l’amour du geste artisanal au choix d’une trajectoire singulière, le photographe Mous Lamrabat et la styliste Lisa Lapauw racontent ce pays qui a transformé leur destin à jamais.Il y a quinze ans, le photographe Mous Lamrabat et la styliste Lisa Lapauw ont décidé de tout miser sur leur passion. Depuis, leur complicité créative s’est doublée d’une histoire d’amour et leur travail a largement dépassé les frontières belges. Dans leurs images, souvent décalées, parfois subtilement provocatrices, les codes des marques occidentales côtoient djellabas et niqabs traditionnels. Le Maroc est devenu leur principal terrain d’expérimentation, où leurs deux regards ont façonné un langage visuel immédiatement reconnaissable.Au Maroc, j’ai commencé à créer des images faites pour durer.Mous LamrabatPhotographeLeur collaboration prend racine il y a quinze ans, sur le plateau d’une séance photo. Mous Lamrabat est photographe, Lisa Lapauw styliste. Deux tempéraments audacieux, animés par la même volonté de s’affranchir des conventions. Face à l’incompréhension des médias traditionnels belges envers leur univers singulier, ils choisissent de conjuguer leurs talents pour créer en toute indépendance, d’abord pour eux-mêmes. Déterminés à façonner leur propre voie, ils avancent avec des ressources limitées. Ils essuient des revers, se relèvent, mettent à contribution leurs proches et orchestrent chaque détail, de la logistique au casting. "On a été tellement fauchés", se souvient Lisa Lapauw. "Et pourtant, dès qu’on pensait tenir une idée géniale, on fonçait."Ce qui ne constituait, à l’origine, qu’une synergie créative s’est mué au fil du temps en une alliance indéfectible. Cet enthousiasme partagé et cette confiance inébranlable demeurent, aujourd’hui encore, le socle de leur collaboration comme de leur succès. La reconnaissance internationale ne tarde pas: des institutions telles que le Fomu à Anvers ou le Foam à Amsterdam leur ouvrent leurs portes, avant que des publications de référence comme Vogue Italia et GQ ne s’emparent de leur travail. Jusqu’au 5 septembre, le MAD Brussels met également à l’honneur leur univers singulier à travers l’exposition "What’s Your Style?"Après avoir voulu quitter le monde de la mode, Mous Lamrabat a trouvé au Maroc son propre langage visuel, en créant des images autour de son identité.© Sam Gilbert / A(R)MOUR exhibition at MAD BrusselsSabato: Cela ne s’est donc pas arrêté à un coup de foudre professionnel?LISA LAPAUW: "Comme on était totalement absorbés par nos carrières, il nous a fallu quelques années pour comprendre qu’il y avait quelque chose de plus entre nous. Quand on est à ce point liés, professionnellement et personnellement, il y a bien plus en jeu qu’une "simple" relation. Mais ça n’a jamais pesé face à tout ce que cela nous apporte, même s’il nous a fallu des années, comme couple, pour trouver un équilibre. Je recevais les commentaires de Mous autrement que ceux d’un collègue. Et, comme on baignait dedans, on parlait du travail sans même s’en rendre compte. L’an dernier, on a freiné un peu. Depuis, chaque voyage n’est plus forcément au service d’un shoot, et on apprend à profiter et à prendre de la distance, en tant que couple."Au Maroc, cette façon de toujours chercher à rendre les choses possibles est ancrée dans la culture, notamment par la politesse, et cela joue souvent en notre faveur.Lisa LapauwStylisteMOUS LAMRABAT: "Chez nous, il n’y a effectivement pas de frontière entre notre vie de couple et notre partenariat créatif, même si ce serait parfois plus sain."LISA LAPAUW: "Aussi parce que l’esprit de Mous ne s’arrête jamais de tourner. On ne retient pas toutes les idées."MOUS LAMRABAT: "La nature m’apaise. Quand je me détends, ma passion ne disparaît pas: les idées sont toujours là, mais pendant un moment, je les laisse simplement percer."Quel rôle joue le Maroc?LISA LAPAUW: "Sans Mous, je n’aurais jamais découvert le Maroc de cette façon. En 2014, on y a enchaîné dix shootings en une semaine et j’ai compris que, là-bas, tout semblait possible. Cette façon de toujours chercher à rendre les choses possibles est ancrée dans la culture, notamment par politesse, et cela joue souvent en notre faveur. Et travailler à deux est un vrai avantage: dès qu’une idée surgit, on peut passer très vite à l’action, contrairement aux shootings avec de grandes équipes."MOUS LAMRABAT: "En Belgique, on vous demande souvent de commencer par envoyer un e-mail. Moi, je décroche déjà. Au Maroc, la distance entre l’idée et l’exécution est bien plus courte. Vous cherchez une voiture, elle est là dès le lendemain. C’est cette spontanéité que j’apprécie vraiment. C’est aussi pour cette raison qu’aujourd’hui, nous faisons moins de shootings en Belgique, même si nous y passons encore beaucoup de temps, parce que nos familles y vivent et que nous y aménageons actuellement notre propre studio, à Gand. Si une idée me vient ou que mon appareil photo me manque, je pourrai rapidement y laisser libre cours à ma créativité. Et lorsque je n’y serai pas, nous aimerions louer le studio."Du niqab aux croissants de lune, en passant par un pistolet-jouet déniché dans la médina: Lamrabat et Lapauw puisent volontiers leur inspiration dans les hasards du quotidien marocain.© Sam Gilbert / A(R)MOUR exhibition at MAD BrusselsQu’est-ce qui vous inspire au Maroc?LISA LAPAUW: "Cette créativité instinctive. Une chaise en plastique à trois pieds, avec une pierre en guise de quatrième. Une porte, à l’extérieur de la ville, sur laquelle quelqu’un a peint une rose. On peut entrer cent fois dans la médina, notre regard s’arrête toujours sur autre chose. La dernière fois que nous sommes allés chiner, par exemple, un pistolet-jouet était suspendu tout en haut d’une petite boutique parmi des centaines d’autres. Mous y a immédiatement vu le point de départ d’une nouvelle image. On ne cherche rien en particulier, mais ce sont souvent ces découvertes fortuites qui font naître une photo."MOUS LAMRABAT: "C’est extrêmement satisfaisant de tomber sur quelque chose dont on ignorait même l’existence. Et quand, plus tard, je vois ma photo accrochée à un mur, tout me revient d’un coup, comme ce petit magasin de la médina, par exemple."Est-ce votre duo qui vous a permis de faire de votre passion votre métier?MOUS LAMRABAT: "C’est pour ça que ça ne ressemble pas à du travail. Je trouve reposant d’errer dans ma tête et de voir ce que je croise en route. Dès que quelque chose ressemble trop à du boulot, j’ai le mal du pays et je veux vite retourner dans cette bulle."LISA LAPAUW: "Mais on sait d’où l’on vient. Les projets moins enthousiasmants font aussi partie du parcours. Et puis, dans chaque projet, il y a toujours au moins une image dont on est fier, ou qui fait naître quelque chose de nouveau."MOUS LAMRABAT: "À un moment, j’ai même voulu arrêter complètement la photographie. J’avais shooté tout ce qu’il y avait à shooter en Belgique et les commandes ne me faisaient plus vibrer. Pendant près d’un an, je n’ai rien fait, puis j’ai décidé de partir seul au Maroc. Dans la quiétude de la solitude, j’ai soudain pu entrevoir ce que je voulais vraiment faire. J’ai compris que je ne voulais plus photographier la mode pour des magazines qu’on jette dès que le numéro suivant paraît. Au Maroc, j’ai commencé à créer des images faites pour durer, en puisant dans ma propre crise identitaire: ce sentiment de n’être vraiment chez soi nulle part. Je n’avais pas un centime sur mon compte et, pourtant, j’étais convaincu que quelque chose allait se passer. J’ai dit à Lisa: "Profite encore un peu du calme, parce que bientôt, on n’aura plus le temps." Et c’est exactement ce qui s’est passé. Quand ces images sont sorties, j’ai vu que des millions de personnes s’y reconnaissaient. Après une première exposition dans ma ville natale de Saint-Nicolas, mon travail s’est retrouvé dans Vogue Italia. Je crois que nous avons tous une passion en nous, mais encore faut-il oser prendre des risques. Suivre sa passion, c’est toujours faire un saut dans l’inconnu."Lire plusÀ Saint-Gilles, le restaurant PtitBeur réinvente la cuisine marocaine en version fusion et bio"Avec ce documentaire, l’histoire des 'Six d’Anvers' est racontée une fois pour toutes"En province de Luxembourg, Le Relais d’Orti mise sur un projet horeca ambitieux en pleine nature
Un couple, un langage visuel: Mous Lamrabat et Lisa Lapauw raconte leur carrière sans frontières
Suivre ses rêves exige du courage; plonger dans l’inconnu mène parfois à la consécration internationale. De l’amour du geste artisanal au choix d’une trajectoire singulière, le photographe Mous Lamrabat et la styliste Lisa Lapauw racontent ce pays qui a transformé leur destin à jamais.










