Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Économie Économie Économie Chronique Pascal Riché En proposant de « brûler » les créances détenues par la Banque centrale européenne, Jean-Luc Mélenchon a réveillé un vieux mythe révolutionnaire qui n’a pourtant jamais fait florès en France, remarque Pascal Riché, journaliste au « Monde », dans sa chronique. Publié le 03 septembre 2026 à 17h00 Temps de Lecture 2 min. Article réservé aux abonnés Si un Etat est endetté auprès de sa banque centrale, ne se doit-il pas de l’argent à lui-même ? Le premier verse des intérêts à la seconde, qui lui restitue des dividendes en retour : annuler cette dette n’est-il pas un simple jeu d’écriture ? Mais si c’est le cas, est-ce vraiment de la création monétaire ? La proposition de Jean-Luc Mélenchon, cet été, d’annuler la part de la dette publique française détenue par la Banque de France (18 %) a eu le don de soulever un riche et légitime débat, même si certains échanges (faut-il la « brûler » ou la « congeler » ?) n’ont pas grand-chose à envier à la discussion sur le sexe des anges qui passionnait les théologiens byzantins pendant la prise de Constantinople. Mais si la sortie du candidat « insoumis » a fait tant de bruit, ce n’est pas du fait de l’intérêt pour ces querelles théoriques. Ce qui a frappé les esprits, ce sont les mots utilisés : « Il suffit d’y aller [à la Banque de France], de les prendre [les titres de dette] et de les foutre au feu, et il n’y en a plus ! » « Foutre au feu… », la formule était volontairement provocante (surtout dans le contexte incendiaire du mois d’août). Mais si elle est si puissante dans nos imaginaires, c’est aussi parce qu’elle s’inscrit dans une longue histoire politique. Le spécialiste de l’antiquité Moses Finley (1912-1986) comme l’anthropologue David Graeber (1961-2020) l’ont bien établi : depuis toujours, tous les mouvements révolutionnaires sont liés à l’exigence d’une annulation de la dette. Lors de ces épisodes, le feu est intervenu à de nombreuses reprises comme une force purificatrice. Au cours des soulèvements paysans, aux XVe et XVIe siècles, les archives des châteaux étaient fréquemment brûlées afin de faire disparaître des créances. Ces révoltes font partie intégrante de l’imaginaire révolutionnaire moderne : Engels a même consacré en 1850 un livre à La Guerre des paysans en Allemagne de 1525. Une provocation En France, lors de la révolution de 1848, des partisans d’Auguste Blanqui (1805-1881) proposaient de « brûler le Grand Livre » de la dette qui, depuis 1793, centralise les créances de l’Etat. La banqueroute a alors été évitée, mais l’image n’a pas été oubliée. Lors de la Commune de Paris, en 1871, l’idée de détruire par le feu le registre de la dette a refait surface. Le Journal officiel, le 21 mai 1871, premier jour de la « semaine sanglante », garde la trace d’une proposition, signée par l’obscur Grêlier, un blanquiste, de « brûler » le « Grand Livre » « dans les quarante-huit heures ». Il vous reste 39.88% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.