Après la polémique de la dernière édition et les déclarations hasardeuses de Wim Wenders à la Berlinale, la présidente du jury de la Mostra 2026 ne s’est pas défilée lors de la traditionnelle conférence de presse d’ouverture ce mercredi. L’actrice et réalisatrice Maggie Gyllenhaal, présidente du jury de l’édition 2026 du festival. Photo Stefania D'Alessandro/WireImage/Getty Images Par Samuel Douhaire Publié le 02 septembre 2026 à 18h03 À la Mostra de Venise, la tradition veut que la cérémonie d’ouverture soit précédée de quelques heures par une conférence de presse du jury. Pour la 83ᵉ édition du plus vieux festival de cinéma au monde, qui débute ce mercredi soir 2 septembre avec la projection en compétition de Ink, de Danny Boyle, la tradition a bien failli ne pas être respectée. Vendredi 28 août, le site américain Deadwire annonçait que la rencontre avec les journalistes n’aurait pas lieu, officiellement pour des « problèmes d’agenda ». Mais, pour nombre de festivaliers, la raison officieuse était plutôt le souci d’éviter à la présidente du jury, l’actrice et réalisatrice américaine Maggie Gyllenhaal, un moment aussi désagréable à passer que celui vécu l’an dernier par son prédécesseur, Alexander Payne ou, plus récemment, par son homologue à la Berlinale 2026, Wim Wenders. Interrogé fin août 2025 sur la guerre à Gaza, le cinéaste américain avait bafouillé qu’il ne sentait « pas préparé à cette question », alors que, en février dernier dans la capitale allemande, l’auteur des Ailes du désir avait provoqué une tempête médiatique en déclarant que les cinéastes devaient « rester en dehors de la politique ». Après deux jours de réactions très critiques sur les réseaux sociaux, le magazine professionnel Variety indiquait finalement lundi 31 août que la conférence de presse du jury 2026 aurait bien lieu, les fameux « problèmes d’agenda » ayant été « résolus ». Et pour mieux éteindre la polémique, Alberto Barbera, le directeur artistique du festival, affirmait le lendemain que « le cinéma devient de plus en plus politique ». Et que « la 83ᵉ Mostra est très certainement l’édition la plus politique de ces dernières années », avec des films sur la guerre, la Palestine, l’immigration, le dérèglement climatique, la montée des tensions sociales ou les atteintes aux libertés… Ce mercredi midi 2 septembre, Maggie Gyllenhaal s’est donc présentée face aux journalistes, alors que le premier rang était occupé par les autres membres du jury. Interrogée d’emblée pour savoir si, selon elle, le cinéma devait être politique ou non, la réalisatrice de The Lost Daughter ne s’est pas défilée, affirmant que les films sont « fondamentalement, inévitablement politiques » : « On pourrait se demander : comment pouvons-nous être ici en train de parler de cinéma alors que le monde est en état d’urgence ? Pour moi, la réponse est liée à l’empathie. Un film ouvre la possibilité de trouver de l’empathie en nous. » Maggie Gyllenhall a aussi réagi à la quasi-absence de femmes en compétition — sur les 22 films qui concourent pour le Lion d’or, deux seulement sont signés ou cosignés par des réalisatrices (Woman Unknown, de May el-Toukhy, et le documentaire Naza, de Rachel Szor et Yuval Abraham. Sur un ton pince-sans-rire, madame la présidente a d’abord répliqué : « Il est désormais clair que les hommes font de meilleurs films que les femmes. » Avant de répondre plus sérieusement : « C’est un problème systémique. Les femmes ont davantage de difficultés pour faire financer leurs films. Mais pourquoi les sujets sur lesquels les femmes ont envie de faire des films, en tenant compte du fait qu’elles vivent le monde différemment [des hommes, ndlr], ne seraient-ils pas autant pris en considération ? Qui décide de ce qui est bon ? Qui décide de ce qui a de la valeur ? Cette question, je me la pose, et elle est légitime. » Cinéma Mostra de Venise 2026 Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus