Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Livres Livres Livres Romans étrangers Romans étrangers Romans étrangers Les terrains ancestraux ne recèlent pas que des pommes de terre : des secrets de famille, aussi. Remarquable premier roman de l’écrivaine portugaise. Article réservé aux abonnés « Terres minuscules » (Terrinhas), de Catarina Gomes, traduit du portugais par Hélène H. Melo, Chandeigne & Lima, 312 p., 23 €, numérique 14 €. Si l’enfance est un rêve, celle de Claudia Mendes Mendes fut peuplée de patates. Dodues et charnues, elles tapissaient de plusieurs couches le vaste garde-manger du modeste appartement que la narratrice habitait avec ses parents, en banlieue de Lisbonne. Ces derniers, aux petits soins avec leur fille unique, surnommée « la petite », traitaient les tubercules comme un membre de la famille dont il fallait anticiper les goûts et les besoins – « elles apprécient » les endroits secs et frais, expliquaient-ils. Pour Claudia, devenue une architecte d’intérieur résolument citadine, le poids des origines est celui des patates de la grand-mère, Adozinda, que ses parents et elle rapportaient du « bled », Arrô, avec dévotion. « C’est sans comparaison, ma fille, ça n’a rien à voir. Celles d’ici n’ont pas de goût », répondaient son père et sa mère, à propos de pommes de terre du commerce. A leur mort, dans un accident de la route de retour du « patelin », le toit de la voiture chargé de patates, leur fille, alors âgée de 21 ans, fait des tubercules, dont l’odeur nauséabonde se répandait dans le logement, les coupables idéaux. Débutant dans le huis clos de l’appartement d’enfance, arpenté au gré des souvenirs, Terres minuscules, le premier roman de Catarina Gomes, autrice portugaise de non-fiction, adaptée au théâtre et à la télévision, ravit d’emblée par sa drôlerie subtile, la pudeur des sentiments derrière les gestes et les mots, ainsi que son goût du détail intime et étrange. A la religion des patates s’ajoutent les collections de figurines de la mère et de gadgets électroménagers du père. Mais comme les tubercules obsessionnels, ces objets sont d’abord des indices tangibles d’un malaise jamais formulé. On le repère au silence du père, aux craintes de la mère, au fait que les parents de Claudia, cousins germains (d’où le patronyme redondant, Mendes Mendes), se sont mariés parce qu’ils se « comprenaient », au deuil éternel et presque cloîtré de la grand-mère Adozinda dont le mari est « mort jeune »… On n’en dira pas plus, mais l’appel d’un notaire concernant l’héritage d’un grand-oncle émigré au Brésil va précipiter la résolution de ces petits mystères et offrir à Claudiaune forme de consolation. De récit intime, le livre prend alors des airs de polar rural. Il vous reste 53.66% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.