Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Handicap Handicap Handicap Tribune Guillaume Adam Responsable associatif Guillaume Adam, responsable associatif et autiste, souligne, dans une tribune au « Monde », l’angle mort qu’est le handicap invisible dans le débat public. Ceux qui en souffrent s’épuisent à le taire, à le camoufler ou à devoir en prouver sans cesse la réalité auprès des institutions. Publié aujourd’hui à 18h00 Temps de Lecture 3 min. Article réservé aux abonnés Que faut-il, en France, pour être cru quand on dit son handicap ? La question paraît réglée : il existe des lois, des institutions, des guichets. Elle ne l’est pas. Car une règle plus vieille que nos lois persiste : ce qui se voit est cru, ce qui ne se voit pas doit être prouvé. Or, beaucoup de handicaps ne se voient pas. Un trouble du neurodéveloppement, un trouble psychique, une maladie chronique ne se lisent pas sur un corps ou un visage. Il faut donc expliquer. Aux proches, à l’employeur, à l’administration. A chacun, à chaque fois. Ce texte ne compare aucune souffrance, il pose une question que le débat laisse de côté : qui doit prouver quoi, devant qui, combien de fois ? Un handicap établi une fois n’a pas à être plaidé sans fin. Le sociologue Erving Goffman décrivait, dès 1963, deux situations : la différence connue de tous et la différence cachée. La seconde, il faut choisir de la révéler ou de la taire. Encore faut-il en avoir soi-même conscience. Le bilan 2025-2026 de la stratégie nationale sur les troubles du neurodéveloppement compte les enfants repérés : 186 000 depuis 2019. Pour les adultes, il n’existe aucun décompte. Des adultes vivent avec un trouble que personne n’a nommé, pas même eux. Ils s’épuisent souvent à le compenser sans l’identifier. Il est invisible pour les autres, illisible pour eux-mêmes. Ceux qui savent, et qui l’annoncent, se heurtent au doute. Une enquête menée en 2021 pour la Commission nationale consultative des droits de l’homme mesure d’abord le rejet : 41 % des personnes reconnues handicapées par l’administration déclarent un rejet ou une discrimination à cause de leur handicap, contre 4 % des personnes sans handicap reconnu. Elle mesure ensuite un écart : parmi ces mêmes personnes reconnues handicapées, 30 % seulement se considèrent elles-mêmes comme telles. Le statut ne suffit ni à être cru des autres ni toujours à se croire soi-même. [Les psychologues] Ivy Daure et Frédéric Salaün l’écrivaient dès 2017 dans Le Journal des psychologues : le handicap invisible « brouille les repères identitaires nécessaires à toute relation ». Il vous reste 64.45% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.