Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Culture Culture Culture Tribune Alexis Fritche Secrétaire général de la CFDT-Culture La question culturelle ne concerne pas que les artistes, le public ou la vie économique, elle joue aussi un rôle démocratique central, explique le secrétaire général de la CFDT-Culture, Alexis Fritche, qui, dans une tribune au « Monde », appelle à défaire les choix budgétaires du gouvernement. Publié aujourd’hui à 18h00 Temps de Lecture 4 min. Article réservé aux abonnés Tout pays vote deux budgets. Le premier est celui que le Parlement adopte, en milliards d’euros et en pourcentages, et que personne ne lit jusqu’au bout. Le second est celui qu’il donne à lire, malgré lui, dans l’état de ses bibliothèques, la vétusté de ses conservatoires, les horaires réduits de ses musées de région : un budget de signes, que les citoyens déchiffrent sans le savoir, et qui dit toujours la vérité que le premier maquille. Le budget 2026 de la culture, en chiffres, tient en quelques lignes : 3,54 milliards d’euros pour la mission culture, soit un recul de 4,6 % par rapport à 2025, et moins de 1 % du budget de l’Etat. Rapporté à chacun d’entre nous, l’effort public pour la culture, Etat et collectivités confondus, représente environ 385 euros par habitant et par an, soit à peu près 32 euros par mois – le prix moyen d’un abonnement téléphonique –, pour financer l’ensemble des musées, des théâtres, des conservatoires, des bibliothèques et des monuments du pays. Il est facile de laisser ces montants glisser sans qu’ils ne signifient rien. Traduisons-les. Une école d’art qui ne remplace pas un poste d’enseignant, c’est une génération d’étudiants formée avec un atelier de moins. Un conservatoire municipal qui augmente ses tarifs faute de subvention suffisante, c’est un enfant de milieu modeste qui renonce au violon. Mais un conservatoire ne forme pas seulement des musiciens. Il apprend aussi à écouter avant de jouer, à accorder son geste avec celui des autres, à inscrire son talent dans une œuvre commune. Une médiathèque qui réduit ses horaires, c’est souvent, dans une petite ville, le seul lieu public gratuit et chauffé où l’on peut lire ou simplement être accueilli. Un festival de spectacle vivant qui perd son financement, ce sont des compagnies locales qui ne retravailleront pas l’année suivante. Une responsabilité collective Le patrimoine, lui non plus, ne se limite pas aux grands monuments parisiens. Ce sont des centaines de châteaux, d’abbayes, de sites archéologiques disséminés sur tout le territoire, dont l’entretien dépend des crédits qu’on rogne chaque année. Derrière chacun de ces lieux se joue bien plus qu’un accès à des pratiques culturelles. La culture ne forme pas seulement des artistes ou des lecteurs ; elle entraîne également les facultés démocratiques. Elle nous apprend à écouter, à interpréter, à transmettre, à exercer notre jugement et à reconnaître que nous appartenons à une histoire commune. C’est cette réalité diffuse, presque invisible parce qu’elle est partout à la fois, que le budget vient un peu plus fragiliser chaque automne. Il vous reste 58.08% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.