Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement « Livres fantômes » (5/5). L’auteur des « Mendiants » et du « Bavard » a toujours prétendu avoir jeté au feu en 1952 le manuscrit du « Voyage d’hiver », son troisième roman. Une légende : bien plus tard, son fils l’a retrouvé. Mais ce spectre qui hante l’œuvre de l’écrivain semble destiné à le rester. Article réservé aux abonnés Le samedi 8 mars 1952, retiré dans sa maison familiale des Pluyes, dans le Berry, Louis-René des Forêts décide d’en finir avec le roman qu’il tente désespérément d’écrire depuis des années : il le brûle. Intitulé Le Voyage d’hiver, ce récit tourmenté, nourri de souvenirs d’enfance et de collège, l’obsède depuis 1947. Près de 500 pages volantes se sont accumulées au fil du temps, formant un vaste projet romanesque, encouragé notamment par Albert Camus. « Mettez-vous à votre table, lui avait-il dit, et écrivez coûte que coûte, vous déchirerez ce que vous jugerez mauvais. » Louis-René des Forêts (1918-2000), ancien membre du réseau de résistance « Comète », a déjà publié deux ouvrages remarqués : Les Mendiants (Gallimard, 1943) et Le Bavard (Gallimard, 1946). Ce dernier, qui raconte l’errance d’un personnage que sa propre parole finit par rendre fou, a bouleversé Georges Bataille (1897-1962) et Maurice Blanchot (1907-2003), avant de susciter, plus tard, l’admiration de Pascal Quignard. Son troisième livre tient du combat intérieur. Il lui résiste. Le Voyage d’hiver le rebute autant qu’il le captive. Il s’y heurte, s’y enlise. Après des années d’enthousiasme et de doute, ce 8 mars 1952 marque une triste journée de capitulation. Trois mois plus tôt, dans une lettre écrite à son ami le poète André Frénaud (1907-1993), il confiait déjà son inquiétude face à ce « gros manuscrit informe » qui ne lui inspirait qu’une « insatisfaction lancinante ». Il vous reste 81.99% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.