Parlons d’un film qui va diviser… et The End of Oak Street (Au bout de Oak Street) se retrouve illico sur la table.D’abord, bien qu’écrit et réalisé par David Robert Mitchell, ce n’est pas It Follows (Traquée), drame d’horreur petit en budget, percutant en métaphores, qui a pris tout le monde par surprise il y a 12 ans. Ce n’est pas non plus le tarabiscoté Under The Silver Lake, comédie noire postmoderne sur fond de conspiration, sorti en 2018. Cette fois, le propos s’étale à la vue de tous. On ne fait pas dans la subtilité.Nous sommes parachutés dans les années 1980, au cœur d’une famille américaine vivant dans une banlieue soporifique dont les membres ne se parlent plus vraiment (comme quoi, les silences autour de la table existaient avant les écrans). Ils sont Denise (Anne Hathaway, qui prend son pied comme jamais et c’est formidable à voir), qui rêve de devenir romancière et de divorcer (dans l’ordre ou le désordre), Greg (Ewan McGregor, véritable caméléon qui adopte ici le beige comportemental — c’est volontaire et très marrant), qui a perdu son job, mais qui n’ose pas le dire (monsieur n’ose pas grand-chose, en fait), et leurs enfants, Audrey (Maisy Stella, vue dans My Old Ass) et Brian (Christian Convery, vu en jeune Victor dans Frankenstein).Tout roule pour les quatre (pour le moins mauvais et non pour le meilleur) jusqu’à ce qu’un événement cosmique (ne cherchons pas à comprendre) transporte leur quartier à l’ère préhistorique. S’ils veulent survivre, ils vont devoir se serrer les coudes et communiquer.Et là, on attend le spectateur au détour. The End of Oak Street n’est pas non plus un film de dinosaures « à la » Jurassic Park ou World : ici, les créatures préhistoriques ne se contentent pas de massacrer tout ce qui est « plus petit que soi » (ce qui veut dire tout). Horreur, en plus de leur allure surprenante (mais, semble-t-il, plus fidèle à la réalité : elles sont poilues ou emplumées), elles affichent des comportements outranciers. Elles défèquent (que l’on se rassure, on ne voit que le résultat de la chose), et il leur arrive de copuler dans l’espace public. C’est désopilant.Les années 1980Enfin, ça peut l’être. Pour apprécier le tout (car c’est possible), il faut nous aussi remonter dans le temps, jusque dans les (lointaines) années 2010. Et penser hipster. Aborder les choses avec ironie et second degré, quoi. Adopter cette façon de voir le monde qui s’est perdue dans les méandres enragés des réseaux sociaux. Parce que, soyons sérieux, ça ne se prend pas au sérieux, c’t’affaire-là !On a ainsi l’impression de se retrouver dans un film des années 1980 (encore elles, ce ne peut être une coïncidence) produit chez Amblin (la boîte de Steven Spielberg) qui se serait croisé avec Jumanji et Jurassic Park (trip à trois !). Jusqu’à la musique de Michael Giacchino (fidèle collaborateur de J.J. Abrams, lequel produit le film et est lui-même un grand admirateur de Spielberg — tout est dans tout), qui adopte les codes de l’époque. Vu de ce bout de la lorgnette, le résultat est très drôle, façon « pas rapport ».Bon, impossible de ne pas regretter certains effets numériques boboches et la disparition d’à peu près tous les voisins et voisines, pourtant nombreux, après le « déménagement » du quartier. De ne pas remarquer cette propension à cocher des cases dans l’air du temps (Brian est victime de harcèlement, Audrey se questionne sur son orientation sexuelle) sans utiliser ensuite ce qu’elles contiennent. Et de ne pas noter que la fin n’a aucun sens — mais, rendus là, on s’en fiche, on (en) rit.