Tandis que l’on s’attend à une année record pour le tourisme au pays, on sentait, dans les rues de Baie-Saint-Paul au début du mois d’août, que la haute saison tournait à plein régime. Les terrasses étaient remplies, le stationnement de la plage aussi, et les touristes affluaient comme chaque été depuis 1982 au Musée d’art contemporain et à l’école adjacente, où se déroule le Symposium international d’art contemporain, qui transforme pendant près d’un mois ses espaces en ateliers d’artistes ouverts au public.À l’image de Gabrielle Bouchard, jeune directrice générale qui a grandi dans la région et qui tient les rênes du musée depuis quatre ans, c’est Anaïs Castro, commissaire de la même génération désormais bien établie et familière de Charlevoix, qui a été choisie pour concevoir la programmation de l’événement. Cette ancienne directrice de la succursale new-yorkaise d’Arsenal, qui a récemment travaillé sur une exposition à la foire Plural ainsi que sur le pavillon canadien de la Biennale de Venise, et qui vient d’être nommée commissaire du futur centre CAB, à Montréal, a choisi de centrer cette 44e édition autour du thème du camouflage.

« Le Symposium de Baie-Saint-Paul est le plus vieil événement artistique toujours en activité au Canada, explique la commissaire. En même temps, en raison de l’identité touristique de la ville, le public qui le fréquente reste très diversifié. Le camouflage me semblait donc un sujet à la fois accessible, universel et pas intrinsèquement encombré par des grilles d’analyse universitaires, tout en demeurant porteur de réflexions complexes sur notre époque. Par exemple, l’intelligence artificielle, les deepfakes et les masques que l’on porte sur les réseaux sociaux peuvent correspondre à des formes de camouflage. De même, ce thème peut renvoyer à la manière dont on négocie ou on performe notre identité. Les artistes l’ont abordé de différentes manières. »Installations extérieuresFondé en 1982 sous le nom de Symposium international de la jeune peinture du Canada, l’événement recouvre aujourd’hui presque autant de disciplines qu’il rassemble d’artistes. Ce sont douze créateurs qui y exposent cette année, choisis par un comité parmi « plus de 500 dossiers », selon Anaïs Castro. Ils ont le mandat, pendant tout un mois, de travailler sur un projet dans un espace qui leur est prêté pour l’occasion, la plupart étant installés dans une salle de classe de l’ancienne école derrière le Musée d’art contemporain. « Les deux dernières semaines se révèlent toujours les plus intéressantes — et les plus occupées —, parce que c’est là que les projets prennent forme, que les artistes finissent par être habitués à interagir avec le public, de laisser ces discussions contribuer à leur réflexion, poursuit-elle. Ce format est tout à fait unique. »