Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Économie Économie Économie Tribune Camille Dormoy Sociologue Dans une société fondée sur la vitesse, l’injonction à trier, réparer et valoriser les objets se heurte au manque de temps. Un angle mort des politiques publiques centrées sur les comportements, estime la chercheuse dans une tribune au « Monde ». Publié aujourd’hui à 13h00 Temps de Lecture 3 min. Article réservé aux abonnés Les déchets sont souvent regardés comme les traces de notre consommation. On les associe aux achats excessifs, aux mauvais gestes, aux emballages inutiles, aux incivilités ou aux habitudes individuelles. Cette lecture dit une partie de la réalité, mais elle laisse dans l’ombre un phénomène plus profond : une grande partie de nos déchets matérialise notre rapport au temps. Un plat à emporter, une capsule de café, un emballage individuel, une lingette ou un gobelet à usage unique condensent tous la même promesse : aller plus vite. Ces objets accompagnent une société où les temps jugés improductifs ont progressivement été comprimés, délégués ou rendus invisibles. Une société dans laquelle il devient de plus en plus difficile de perdre du temps. Cuisiner, laver, réparer, entretenir, se déplacer, organiser un repas commun ou faire plusieurs courses dans des commerces différents tendent à être perçus comme des contraintes plutôt que comme des composantes ordinaires de la vie quotidienne. Peu à peu, une grande partie de nos existences se sont organisées autour de cette exigence de rapidité : se déplacer plus vite, acheter plus vite, accomplir plus vite ses démarches, ses soins, ses loisirs ou ses tâches domestiques. C’est ce mouvement que le philosophe allemand Hartmut Rosa désigne par le terme d’« accélération sociale ». Les objets suivent ce mouvement. Le plat à emporter accompagne l’alimentation prise entre deux activités. Les portions individuelles adaptent le repas à des emplois du temps dispersés et évitent d’avoir à attendre ou à faire coïncider les rythmes de chacun. Le gobelet jetable rend possible le café bu en marchant, dans les transports, sur un quai ou dans la rue. Les capsules de café permettent de ne pas avoir à doser la quantité, installer un filtre, vider le marc ou nettoyer la cafetière. Les lingettes promettent un nettoyage immédiat, sans eau, sans chiffon, sans lavage après usage. Confort moderne A chaque fois, quelques minutes sont gagnées. L’économie linéaire n’a donc pas seulement multiplié les objets : elle leur a délégué une partie du temps que nous ne voulons ou ne pouvons plus prendre. Ce qui relevait autrefois d’activités ordinaires a été progressivement incorporé dans des biens, des emballages, des équipements et des consommables. Le confort moderne tient ainsi largement à ce déplacement : économiser du temps humain en consommant davantage de matière et d’énergie. Il vous reste 59.79% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
Camille Dormoy, sociologue : « L’économie circulaire demande de reprendre le temps qu’on nous a appris à ne plus perdre »
TRIBUNE. Dans une société fondée sur la vitesse, l’injonction à trier, réparer et valoriser les objets se heurte au manque de temps. Un angle mort des politiques publiques centrées sur les comportements, estime la chercheuse dans une tribune au « Monde ».






