Une équipe de l’EPFL a identifié deux schémas successifs d’activité cérébrale qui pourraient permettre de distinguer le traitement visuel inconscient de la formation d’une perception unifiée.Voir semble immédiat: nous ouvrons les yeux et le monde apparaît comme un flux continu. Mais certaines illusions visuelles montrent que des événements survenant plus tard peuvent modifier notre perception de ce qui s’est passé avant. Cela suggère que le cerveau pourrait collecter et combiner des informations pendant un court instant avant de produire l’expérience qui parvient à notre conscience.Cet effet est connu sous le nom de «postdiction». Par exemple, deux points colorés apparaissent brièvement à des endroits différents, mais on ne voit qu’un seul point en mouvement qui change de couleur au fur et à mesure. Cela signifie que le deuxième point influence la façon dont le premier est perçu, ce qui constitue une illustration typique de postdiction.Trois neuroscientifiques du Laboratoire de psychophysique de l’EPFL, Maëlan Menétrey, Michael Herzog et David Pascucci, ont examiné l’activité cérébrale sous-jacente à ce processus. Leurs résultats montrent qu’il comporte deux étapes: une première étape qui code les événements visuels individuels hors de l’accès conscient, suivie d’une étape où l’intégration a lieu.Ces travaux sont publiés dans PLOS Biology.Une illusion qui révèle un traitement cachéUne illusion, appelée «paradigme du métacontraste séquentiel» (SQM), permet d’étudier cet effet d’intégration. Dans le cadre de ce test qui dure moins d’une seconde au total, on présente aux participantes et participants une séquence rapide de lignes verticales sur un écran. Pendant une fraction de seconde, une ligne présente un «décalage horizontal», ce qui signifie que sa moitié inférieure est légèrement décalée vers la gauche ou vers la droite. Immédiatement après, des paires de lignes verticales droites s’affichent successivement, en partant du centre vers l’extérieur. Cela crée l’illusion de deux flux de lignes en mouvement qui s’inclinent vers l’extérieur.Illustration du test SQM. Lorsque plusieurs lignes sont présentées successivement sur un écran d'ordinateur, chacune à un emplacement légèrement plus excentré que la précédente, nous percevons une seule ligne en mouvement. De plus, lorsqu'une ligne présente un léger décalage spatial (comme le montre la figure de droite), toutes les autres lignes sont également perçues comme décalées. Cela suggère que les caractéristiques visuelles sont d'abord traitées et intégrées inconsciemment, avant que la perception consciente n'émerge. Crédit : 2026/EPFL Michael Herzog CC-BY-SA 4.0.L’objectif du test est de montrer que la vision consciente n’est pas un flux vidéo en direct, mais un film différé et monté, créé par le cerveau. Des études suggèrent que cette intégration peut se poursuivre pendant environ 290 à 450 millisecondes avant qu’une perception unifiée n’émerge.Observer le cerveau en train d’observerLes chercheuses et chercheurs de l’EPFL ont recruté 18 personnes âgées de 18 à 23 ans et leur ont fait regarder plusieurs versions du test SQM tout en enregistrant l’activité électrique à travers le cuir chevelu à l’aide d’un électroencéphalogramme (EEG). Après chaque séquence de lignes, les participantes et participants devaient indiquer si le décalage semblait pointer vers la gauche ou vers la droite.L’équipe a utilisé une méthode d’apprentissage automatique pour identifier des schémas dans les enregistrements EEG. Cela leur a permis de vérifier si l’activité cérébrale contenait des informations sur la présence, le moment et l’emplacement des décalages individuels, même lorsque les participants ne pouvaient pas les distinguer consciemment.Deux étapes du traitement visuelL’analyse a révélé un premier schéma d’activité au niveau des zones occipitales, à l’arrière de la tête. Il est apparu environ 200 millisecondes après la survenue de chaque décalage. Ce schéma conservait l’ordre et le moment d’apparition des décalages individuels, y compris lorsque deux décalages opposés étaient combinés et ne pouvaient être perçus séparément.Un deuxième schéma est apparu plus tard au niveau des zones centrales et pariétales. Il s’est manifesté après environ 450 millisecondes et était associé au décalage intégré ainsi qu’aux rapports des participants.Une nouvelle perspective sur la consciencePour les scientifiques, la transition entre ces deux schémas marque le passage d’un encodage inconscient à une perception unifiée. Ils précisent toutefois que le signal ultérieur pourrait également inclure la prise de décision ou d’autres processus intervenant après la perception.Ces résultats permettent de distinguer l’activité neuronale liée à l’intégration visuelle inconsciente de l’activité ultérieure associée à ce que les personnes perçoivent et rapportent. Cette distinction pourrait aider les chercheurs à tester des théories sur la conscience et à comprendre comment le cerveau transforme des événements répartis dans le temps en une expérience visuelle cohérente.Autres contributeursCentre hospitalier universitaire vaudois (CHUV)Université de Lausanne (UNIL)The Sense - centre d’innovation et de rechercheFinancementFonds national suisseRéférencesMaëlan Q. Menétrey, Michael H. Herzog, David Pascucci. Sequential neural dynamics underlie unconscious integration and conscious perception of visual stimuli. PLOS Biology 06 juillet 2026. DOI: 10.1371/journal.pbio.3003894
Quand le cerveau se monte ses propres films
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