« C’est super canadien, c’est une histoire vraie, c’est bilingue et ça peut traverser les frontières. » Le réalisateur britanno-colombien Harrison Houde est visiblement fier de son premier long métrage, Tissé serré (Tight Lettuce), qu’il a eu l’occasion de tourner au Québec avec une distribution étoile.Emmanuel Bilodeau y incarne Bodo, un quinquagénaire francophone à l’énergie débordante dont l’autonomie est mise à mal par une lourde consommation d’héroïne et de fentanyl. Son fils adulte, Joel, interprété par le Vancouvérois Dakota Daulby, refuse de le laisser tomber, au point de négliger sa propre vie.Si le parcours de ce duo est unique, celui du film l’est tout autant. Il tire son origine d’un message envoyé à Harrison Houde par son ami d’enfance Rayden Wickop. « Il m’a dit qu’il avait une idée de film. Je l’ai ignoré pendant un certain temps, parce que tout le monde a une idée de film », admet le jeune réalisateur et coscénariste en entrevue avec Le Devoir, en compagnie de Dakota Daulby et d’Emmanuel Bilodeau.

Quand Harrison Houde a finalement pris le temps de discuter avec Rayden Wickop, la conversation a duré des heures. Son ami lui a décrit sa relation avec son père, bouleversée par la toxicomanie. « Il y avait de l’amour, de l’espoir, de l’humour. Je n’avais jamais entendu d’histoire [de dépendance] racontée de cette manière », se rappelle le réalisateur.Ce dernier a rapidement intégré Dakota Daulby dans le projet comme coscénariste, celui-ci ayant aussi eu un coup de cœur pour le sujet. « À Vancouver, où la dépendance aux opioïdes est très présente, il y a beaucoup de colère, de ressentiment, de traumatismes, d’abus. Or, malgré sa consommation, Bodo a été un père formidable. Il est intelligent et drôle », estime le comédien aux cheveux blonds.Par ailleurs, Rayden Wickop avait régulièrement filmé son père lors de leurs activités quotidiennes, pendant des années. Cela constituait une base documentaire inédite.Le Québec comme toile de fondLe film a d’abord été développé dans l’idée d’en faire un court métrage. Puis Harrison Houde a envoyé le scénario au producteur Serge Desrosiers, qu’il avait déjà rencontré. Ce dernier a suggéré d’en faire un long métrage et de le tourner au Québec, en partie en français.