«Omaha» est une merveille de tension contenue: un père en fuite, des enfants habités, et de grands espaces. En voiture pour ce beau road-movie américain!Le résuméCole Webley filme une cavale familiale où les enfants comprennent avant leur père que tout se défait.Entre motels, paysages immenses et voiture trop étroite, le suspense naît du non-dit.John Magaro bouleverse en père acculé, face à deux enfants déjà forcés de grandir.Ceci n’est pas un simple film indépendant américain. Ceci n’est pas un simple road movie. Ceci n’est pas un simple film sur la paternité. "Omaha", c’est plus que la somme des parties qui le constituent, car il appartient surtout au genre des films où "un enfant n’est plus un tout à fait un enfant".Vous vous souvenez de "C’mon c’mon" (2021), l’histoire d’un journaliste radio (Joaquin Phoenix) qui traverse les États-Unis avec son jeune neveu excentrique, lequel apprend à écouter et à comprendre cet adulte pas toujours fonctionnel? Vous vous souvenez de "Nowhere Special" (2020), le portrait d’un laveur de vitres (James Norton) condamné par la maladie, qui passe ses derniers mois à chercher la famille adoptive parfaite pour son fils? Vous vous souvenez de "Beasts of the Southern Wild" (2012), où on suivait une fillette super indépendante qui tentait de survivre dans le bayou de Louisiane, malgré la maladie de son père et la montée des eaux?Ici, on reprend ce thème hyper efficace au cinéma, avec deux enfants pour le prix d’un – et un père qui se demande à chaque plan dans quelle galère la vie a bien pu l’embarquer à son corps défendant. Bien sûr, ce seront ses propres enfants qui feront son éducation.Omaha | Trailer | Film Fest Gent 2025L'anti-"Little Miss Sunshine""Omaha", c’est une espèce d’anti-"Little Miss Sunshine". Ici, pas de grand-père amusant, et pas d’ado, mais Ella (9 ans), Charlie (7), et leur Golden Retriver. Après avoir été sortis du lit à l’aube par leur père, ils ont embarqué dans la vieille guimbarde, et ne semblent pas savoir où ils vont – tout cela sous le regard de leur mère (par photo interposée, car elle n’est plus de ce monde)…Le père va bien sûr essayer de transformer cette fuite soudaine en une grande aventure excitante. On regarde les paysages défiler, on s'arrête dans des motels miteux (dont certains avec piscine!), et on découvre l’Amérique sauvage. Mais quelque chose cloche terriblement, un secret qui voudrait se révéler à chaque plan.Pour renforcer ce sentiment de huis clos mouvant, Cole Webley (dont c’est le premier film) joue magnifiquement sur les contrastes. La caméra alterne entre des plans très serrés sur les visages des enfants et les immenses plans fixes sur les perspectives à la fois grandioses et tristes de l'Ouest. Le spectateur, installé sur la banquette arrière, retient son souffle en attendant l'inévitable sortie de route émotionnelle.John Magaro, qu'on avait adoré dans "Past Lives", donne au père une fragilité de tous les instants.Chronique d'un déni américainSous ses airs de drame intime, «Omaha» dresse le portrait cinglant de l’autre Amérique, celle d’un système qui broie sans pitié ceux qui n’ont pas la chance de faire partie des nantis.John Magaro, qu'on avait adoré dans «Past Lives», donne à ce père une fragilité de tous les instants, oscillant sans cesse entre l'amour protecteur et la panique pure. Face à lui, les jeunes Molly Belle Wright et Wyatt Solis déploient avec évidence toute la maturité bouleversante de l’enfance.OMAHA with director Cole Webley | LIFF2025