Dans les hauteurs des contreforts des monts Wallowa se dresse une petite maison aux murs blancs, faite de bois et de bardeaux. Avec, en toile de fond, les sommets enneigés de ce coin de l’est de l’Oregon, elle paraît minuscule et légèrement incongrue — impression que renforcent, à l’intérieur, les cloisons shojis, les tatamis et les épais chevrons incurvés qui surplombent l’espace.Il s’agit d’une kominka, une maison vernaculaire traditionnelle japonaise, mais sa présence aux États-Unis n’a rien de traditionnel. Construite il y a deux ans, elle est composée d’éléments provenant de vieilles maisons japonaises laissées vacantes, comme le sont d’innombrables chaque année au Japon. Si certains Américains ont traversé le Pacifique pour acheter et restaurer ces demeures abandonnées, quelques-uns, de plus en plus nombreux, font le chemin inverse : ils les font démonter, expédier aux États-Unis, puis reconstruire sur place.« Je suis née et j’ai grandi dans la préfecture d’Aichi, d’où provient aussi cette kominka, explique Kiyomi Koike, propriétaire de la maison des monts Wallowa avec son mari, Bill Oliver. À bien des égards, j’ai eu l’impression de rentrer chez moi. Mais au-delà de ce lien personnel, je voulais apporter en Amérique quelque chose qui manque à la vie moderne. »Certains éléments de la maison ont plus de 200 ans. Lorsqu’elle a été assemblée, en 2024, aucune procédure de délivrance de permis n’était prévue dans le comté pour cette maison de 74 mètres carrés construite selon des méthodes japonaises anciennes. Kiyomi Koike, 61 ans, qui a déjà dirigé une entreprise de thé biologique, et Bill Oliver, 80 ans, ancien directeur de l’aménagement du comté de Wallowa, ont dû surmonter des obstacles administratifs et logistiques — notamment le risque que les poutres de bois se déforment au cours d’une longue traversée maritime. Le projet a nécessité une collaboration internationale entre Toda Komuten, un cabinet d’architecture d’Aichi, Kominka Collective, un organisme de préservation établi au Japon, et Devco Engineering, une entreprise de génie des structures de l’Oregon.Au bout d’environ deux ans, le couple a commencé à utiliser la maison comme résidence occasionnelle et à la proposer en location, avec des cours consacrés à la sérénité et au mieux-être, dont la cérémonie du thé. (Sa résidence principale se trouve à environ 800 mètres de là.)« Ce qui frappe d’abord beaucoup de gens, c’est le dégagement mental que procure la maison : sa structure donne une sensation d’ouverture, presque comme si l’on poussait un long soupir, affirme Kiyomi Koike. Les proportions, les passages d’une pièce à l’autre, les matériaux naturels, la façon dont la lumière circule et la simplicité de la conception favorisent tous une autre manière d’habiter les lieux. »Selon le couple, il s’agit de la seule kominka résidentielle du pays, même si d’autres ont été intégrées à des établissements publics. Le musée Huntington, à San Marino, en Californie, abrite notamment une maison vieille de 320 ans provenant de Marugame, dans la préfecture de Kagawa.
Pour sauver les maisons patrimoniales du Japon, on en expédie à l’autre bout du monde
La présence des «kominka» aux États-Unis n’a rien de traditionnel.












