Le Festival d’opéra de Québec a programmé, mercredi, un concert mis en espace avec pour thème « Monteverdi, la naissance de l’opéra » dirigé par Jean-Marie Zeitouni. Réalisé avec enthousiasme et dévouement, le projet pêchait par des choix louables pour animer le concert mais erronés en matière de médiation.Pour présenter l’apport de Monteverdi à la musique et la manière dont son éloquence musicale et dramatique a pu donner naissance à l’opéra, Jean Marie Zeitouni a fait appel à Marie Nathalie Lacoursière. En mettant en espace le spectacle, faisant se déplacer les chanteurs, affublés d’élégants codes vestimentaires, et même en dansant (La Folia était insérée au Ballo de Muovete al mio bel suon), Marie Nathalie Lacoursière a animé le lieu et proposé des solutions scéniques astucieuses (sa présence servant à Clorinthe, mourante, d’appui, tel un rocher). Mais l’agitation spatiale n’était pas la priorité et la musique de Monteverdi est restée sur son orbite avec les spectateurs laissés-pour-compte hors de celui-ci.À distanceLe 8 juillet 2025, Leonardo García Alarcón donnait au Festival de Lanaudière le même type de spectacle et le verdict était limpide : une médiation défaillante. « Il manquait une facilitation didactique. Voir des artistes chanter avec tout leur cœur en italien au fil d’un programme que l’on présuppose savant […] demande un effort de médiation. […] Sans forcément mettre toutes les paroles, il aurait convenu de fournir au moins une feuille grand format recto verso avec les « chapitres musicaux » en français, le titre de l’air ou du madrigal qui l’illustre et le résumé de ce que celui-ci raconte ou sa contextualisation », écrivions-nous alors. Fallait-il vraiment faire exactement la même erreur sur le même type de projet à Québec un an après ?La grande mode est aux codes QR à l’entrée de la salle, mais outre le fait que se défausser ainsi est une inutile et gigantesque tartufferie (personne ne consulte son téléphone pendant un concert), ledit code amenait à un document .pdf comprenant, outre moult informations biographiques des chanteurs, tout juste le titre des œuvres et aucun résumé ni texte. Les petits avant-propos du chef étaient insuffisants et Jean-Marie Zeitouni n’est pas le maître de cet exercice.La vraie logique des choses est d’avoir non pas une danseuse, mais un narrateur ou une narratrice qui contextualise précisément ce qui va se passer et ce qu’on va entendre, afin que les auditeurs se sentent concernés. L’OSM fait très bien cela dans ses opéras de Mozart. C’était beaucoup plus facile ici.RévolutionAlors si dans la 2e partie, vous avez entendu trois hommes qui chantaient avant de voir une dame qui se plaignait, c’était le Lamento della Ninfa. Là, assez vite, il y a eu un instant de sons étranges et d’harmonies bizarres. C’était pour souligner les paroles « Il suo dolor » (Sur son visage pâle se peignait la douleur). Mais comment le deviner ?Comme l’expliquait Leonardo García Alarcón, la révolution Monteverdi était là, et le compositeur la synthétisait ainsi : « Si je ne respecte pas les lois du contrepoint, c’est-à-dire si je ne prépare pas les dissonances, le personnage en est affecté émotionnellement. »Jean-Marie Zeitouni a (très) patiemment souligné tout au long du concert ces chromatismes (couleurs) et affects. C’est un Monteverdi de peintre plus qu’un Monteverdi agissant qu’il dirigeait. Les musiciens des Violons du Roy l’ont suivi avec grande attention et efficacité, avec un continuo aux couleurs magnifiques (lirone et viole de Tristan Best, entouré de harpe baroque, archiluth et théorbe ou guitare).L’équipe vocale était cimentée par Andrew Haji, excellent ténor, mis très à contribution, Philip Addis, que l’on n’avait pas entendu depuis longtemps, qui a fait preuve d’un ambitus étonnant (fin de Altri canti d’Amor), et Sophie Naubert. Cette dernière semble avoir beaucoup travaillé son bas médium, sans doute pour élargir son répertoire, ce qui a changé son chant, jadis plus spontané, et ses aigus, désormais moins lumineux (Lamento della Ninfa).Hors têtes d’affiche, les chanteurs du tutti ont bien paru, avec un superbe Ohimè dov’è il mio ben ? Dov’è il mio Core ? de Charlotte Cumberbirch et Marie-Andrée Matthieu.Évidemment ce concert un peu longuet était utile, car on entend trop peu de Monteverdi. Raison de plus pour mieux expliquer les choses.Christophe Huss était l’invité du Festival d’opéra de Québec.