Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Culture Culture Culture Tribune Anne Lehoërff Historienne et archéologue Le vol d’un trésor, le 24 juillet, au musée de Châtillon-sur-Seine (Côte-d’Or), pose la question de la protection du patrimoine. Pour autant, ce « crime contre la connaissance » ne doit pas faire renoncer à exposer de tels chefs-d’œuvre, soutient l’archéologue Anne Lehoërff, dans une tribune au « Monde ». Publié aujourd’hui à 06h30 Temps de Lecture 4 min. Article réservé aux abonnés Vendredi 24 juillet, deux malfrats se sont emparés d’un trésor de l’humanité. Au Musée du pays châtillonnais, à Châtillon-sur-Seine (Côte-d’Or), ils ont dérobé le torque de la princesse de Vix inhumée il y a environ 2 500 ans. Collier rigide typique de ces sociétés celtiques, il prenait place dans un ensemble exceptionnel mis au jour durant l’hiver 1953. La découverte fit alors sensation. Le mobilier fut conservé près du lieu de son enfouissement car il n’était heureusement plus à l’ordre du jour d’expédier les plus belles pièces dans les musées parisiens au nom d’une vision centralisatrice de l’histoire. Le torque de Vix est une archive irremplaçable de l’histoire. Cette parure en or est une pièce unique, témoin de la virtuosité des orfèvres du monde celtique. Sa valeur tient à son caractère exceptionnel, tant sur le plan technique qu’esthétique, avec un registre artistique complexe et méconnu qui mêle mondes végétal et animal à des figures fantastiques. En outre, c’est un objet indissociable de son contexte archéologique (le lieu et l’ensemble des vestiges), dans lequel il prend tout son sens. Ce qui a été commis ce 24 juillet n’est pas un simple de vol de bijou, c’est un crime contre la connaissance elle-même. Au prix actuel de l’or, le torque rapporterait moins de 60 000 euros. Ce n’est pas rien, mais cette somme est dérisoire au regard de la valeur du torque lui-même, inestimable en vérité et s’élevant à plusieurs millions sur le marché des trafics illicites de biens culturels. Pour cette raison, on peut envisager que c’est une commande et espérer que, s’il n’est pas rapidement retrouvé, il sera au moins préservé du funeste – et terrible – destin d’une fonte à la sauvette. Pacte de vérité avec les visiteurs Ce vol a provoqué sidération, colère et tristesse dans le monde de l’archéologie. L’émotion passée, il invite à une réflexion de fond. Les années 2025 et 2026 ont été marquées par plusieurs vols d’objets en France et chez nos voisins, pour l’essentiel dans des musées régionaux, exception faite du Louvre, le 19 octobre 2025. Comment protéger ces biens et pourquoi ? Au lendemain de ce drame, une réaction de l’instant serait de proposer de cacher les originaux vulnérables et coûteux pour n’exposer que des copies. Il vous reste 63.31% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.