Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Cinéma Cinéma Cinéma Tribune Fabien Bièvre-Perrin Historien Le film du réalisateur britannico-américain invite à une réflexion riche et nuancée sur l’humanité. Ce faisant, il fait résonner l’œuvre d’Homère avec le présent, relève l’historien Fabien Bièvre-Perrin, spécialiste de la réception de l’Antiquité, dans une tribune au « Monde ». Publié aujourd’hui à 06h01 Temps de Lecture 4 min. Article réservé aux abonnés Malgré les accusations de « wokisme » et d’anachronismes, L’Odyssée de Christopher Nolan est probablement l’une des adaptations cinématographiques les plus fidèles aux textes homériques. Tout d’abord, les multiples voix qui s’enchevêtrent répondent à celles de l’Iliade et de l’Odyssée, invitent à la nuance et à la réflexion. Ensuite, Ulysse n’est pas un héros glorieux tel qu’on le voit souvent. Il incarne une certaine humanité brisée, face au monde et à elle-même. Enfin, le récit résonne avec le passé, mais surtout avec l’époque dont il émane : la nôtre. Les plus grandes épreuves qu’affronte l’Ulysse de Nolan ne sont pas les Lestrygons anthropophages, les sirènes carnassières, ni même le gigantesque cyclope. Ce sont les victimes de la guerre, qu’il a pourtant gagnée, et ses profiteurs. Ce sont les femmes de Troie, leurs maris et leurs fils, ses propres soldats morts au combat ou devenus compagnons de voyage. Ce sont les prétendants au trône d’Ithaque, son fils Télémaque, presque orphelin, et son épouse Pénélope, presque veuve, qui se déchirent. D’un côté, la guerre le hante sous les traits d’une Athéna démunie, de morts privés de sépultures et de monstres qui le renvoient à ses méfaits et ses faiblesses, tandis que les éléments déchaînés lui rappellent qu’il ne peut rien. De l’autre, la trahison et l’avidité détruisent son royaume, alors que ses proches perdent espoir et que Pénélope refuse d’écouter le chant élogieux des exploits du grand Ulysse à Troie, vains et chimériques. Pendant ce temps, celui-ci rapporte ses traumatismes et sa honte à Calypso, faisant parler les morts et inventant des récits fantastiques dont il est le piteux protagoniste, tandis que Ménélas et Hélène donnent leur version des faits à Télémaque. L’Ulysse de Nolan n’est pas un héros hollywoodien. Il pense pouvoir défier les dieux, mais ceux-ci brillent par leur absence. Honteux, il se demande pourquoi il ne veut pas rentrer chez lui. Incapable de ressentir le nostos, ce désir de retour au foyer, il est hanté et abîmé, impuissant tant qu’il n’assume pas son passé et sa propre insignifiance. Le souffle épique ne dure qu’un instant, alors qu’il lâche prise sur le radeau qui le ramène finalement à Ithaque. Nulle gloire donc, même à l’issue de son périple, même dans son ultime épreuve, le long et laborieux massacre des prétendants, pourtant eux-mêmes bien piteux. Il vous reste 63.78% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
« “L’Odyssée” de Christopher Nolan est probablement l’une des adaptations cinématographiques les plus fidèles aux textes homériques »
TRIBUNE. Le film du réalisateur britannico-américain invite à une réflexion riche et nuancée sur l’humanité. Ce faisant, il fait résonner l’œuvre d’Homère avec le présent, relève l’historien Fabien Bièvre-Perrin, spécialiste de la réception de l’Antiquité, dans une tribune au « Monde ».















