Quoi qu’on en pense lorsqu’arrivent enfin les vacances, on n’a jamais aussi peu travaillé. Les semaines de travail pourraient être plus courtes encore grâce aux progrès technologiques et au développement économique, mais il ne suffit pas d’attendre la fameuse « société des loisirs » pour qu’elle arrive.Le célèbre économiste John Maynard Keynes prédisait, au tournant des années 1930, qu’au rythme où allaient les progrès technologiques et l’accumulation des richesses, ses petits-enfants n’allaient, aujourd’hui, avoir à travailler que 15 heures par semaine tout au plus pour vivre confortablement.« Ainsi, disait-il, pour la première fois depuis ses origines, l’homme se retrouvera face à face avec son véritable, son éternel problème : quel usage faire de sa liberté ? Comment occuper les loisirs que la science et les intérêts composés lui auront assurés maintenant qu’il est libéré des soucis économiques pressants ? »Avant de rire, il faut savoir que, selon le sociologue français Jean Viard, le travail salarié comptait pour 70 % de la vie éveillée, il y a un siècle et demi, et qu’avec l’amélioration des conditions de travail, le temps qu’on passe désormais sur des bancs d’école et, surtout, l’allongement de l’espérance de vie, cette proportion n’est plus que de 14 % aujourd’hui.Encore loin du compteLorsqu’on regarde seulement l’évolution du nombre d’heures de travail par emploi depuis deux siècles, on constate qu’après une augmentation durant la révolution industrielle, les travailleurs ont graduellement vu diminuer leur temps de travail.Ce phénomène ne s’est pas limité aux pays les plus riches : il a aussi été observé dans les autres pays, bien que dans une moindre mesure, a constaté l’an dernier une première étude comparative sur le sujet du Laboratoire sur les inégalités mondiales (LIM) de l’École d’économie de Paris.En moyenne, le temps de travail a diminué du tiers en deux siècles dans le monde, passant d’un total de 3200 heures — ou l’équivalent de 60 à 65 heures de travail par semaine toute l’année — à 2100 heures par année — soit des semaines d’environ 40 heures et deux semaines de congés payés.