13 juillet 2026Aujourd'hui à 19:25Les flexi-jobs vont-ils être passés à la moulinette du conclave budgétaire? Le ministre du Budget estime qu'ils sapent la sécurité sociale. Encore faut-il pouvoir le démontrer.Une chose est sûre: les flexi-jobs ne feront pas décoller le taux d'emploi. Réservés aux salariés qui travaillent déjà au moins à 4/5e temps ou aux pensionnés, ils n'entrent pas en ligne de compte à ce niveau-là. C'est bon de le rappeler d'emblée.Au-delà des statistiques, quel est leur impact économique? Comme trop souvent en Belgique, quand on crée un nouveau dispositif, on oublie de prévoir son évaluation. Or, une bonne idée sur papier peut se révéler mauvaise à l'épreuve de la réalité. Les flexi-jobs aident-ils les entreprises? Assurément. Ils ont été créés il y a dix ans pour l'horeca, et étendus à l'ensemble des secteurs depuis juillet. Ils donnent de l'air face à certaines pénuries de main-d'œuvre et offrent une flexibilité maximale pour moduler la masse salariale en fonction des contraintes de production. Mais trop de flexibilité peut s'avérer néfaste: le service aux clients, la qualité de la production ne sont pas toujours au rendez-vous quand le personnel est sans attache. Plusieurs secteurs ont d'ailleurs déjà annoncé qu'ils n'étaient pas preneurs.Les travailleurs y trouvent-ils leur compte? Le nombre toujours plus important de personnes qui y recourent semble en attester. Aujourd'hui, un salarié peut ajouter 1.500 euros net par mois à ses revenus grâce aux flexi-jobs. Une aubaine. Pour les pensionnés aussi, l'engouement est au rendez-vous: c'est une manière de rester actif et/ou un complément financier bienvenu. Mais ce succès peut aussi traduire une réalité moins rose, le signe que le salaire principal ou le montant de la pension ne suffisent plus à boucler les fins de mois. Si ce système est surexploité, c'est aussi parce qu'on n'a toujours pas réussi à implémenter une réforme en profondeur de notre fiscalité, qui allège la pression sur le travail.Et pour l'État, est-ce une bonne affaire? Ce n'est pas clair. Les estimations restent lacunaires. Ce qui n'a pas empêché le gouvernement d'étendre le système à toute l'économie. Est-il en train de "déraper" et de "saper la sécurité sociale et l'État providence", comme l'affirme le ministre du Budget, Vincent Van Peteghem (CD&V)?Si des centaines de millions d'euros sont effectivement perdus dans l'aventure, pourquoi alors avoir contribué à cette dérive? À l'heure où le gouvernement doit trouver 10 milliards d'euros pour boucler son budget, la question est suffisamment importante pour être étayée par des données solides. De même, affirmer comme le fait le ministre de l'Emploi David Clarinval (MR) qu'il n'y a que des avantages au système, est un peu court si l'on n'a pas les éléments pour l'affirmer.Le système n'est certainement pas parfait. Un seul exemple: les flexi-jobs permettent à un travailleur de constituer des droits sociaux sans payer de cotisations sociales. C'est contraire au mantra de l'Arizona, qui a fondé des réformes aussi importantes que celles du chômage ou des pensions, selon lequel on doit bénéficier des prestations sociales à hauteur de sa contribution au système.
Édito | Sortir du grand flou des flexi-jobs
Les flexi-jobs vont-ils être passés à la moulinette du conclave budgétaire? Le ministre du Budget estime qu'ils sapent la sécurité sociale. Encore faut-il pouvoir le démontrer.






