Il y a le texte et il y a le sous-texte.Dans son allocution à la nation depuis la Maison-Blanche, jeudi soir, Donald Trump n’a pas seulement cherché — en contradiction avec les faits — à alerter les Américains sur la compromission du système de vote des États-Unis. Il a surtout repris la campagne qu’il a amorcée après sa défaite de 2020 pour saper la confiance envers l’exercice électoral.Un exercice savamment calculé, à moins de 16 semaines des élections de mi-mandat de novembre, et qui pave désormais la route à la contestation des résultats et aux cris d’indignation que son camp politique pourrait massivement lancer en cas de défaite.« L’Amérique a assisté aux divagations d’un roi fou », a écrit sur les réseaux sociaux le gouverneur démocrate de Californie, Gavin Newsom, après le discours télévisé du président. « Avant même qu’un seul vote n’ait été exprimé, il prépare déjà le terrain pour truquer cette élection et vous convaincre de ne pas faire confiance aux résultats s’ils ne lui sont pas favorables. »Jeudi soir, Donald Trump a pris 25 minutes du temps des Américains pour leur faire croire que son régime avait découvert des informations explosives qui confirment l’existence de failles dans le système électoral du pays. Des failles non fondées auxquelles il s’accroche pour expliquer sa défaite face à Joe Biden lors de la présidentielle de 2020.À heure de grande écoute, le président des États-Unis a accusé la Chine d’ingérence électorale et affirmé que l’Empire du Milieu avait illégalement mis la main sur les informations de 220 millions d’électeurs américains. Il a évoqué une opération d’inscription massive de faux électeurs au Michigan et a mentionné l’existence de 278 000 électeurs non citoyens sur les listes électorales. Autant d’affirmations qui ne survivent pas à l’épreuve des faits.En 2021, un rapport des services de renseignement américains avait conclu avec un haut degré de certitude que la Chine « n’avait pas déployé d’efforts d’ingérence » lors de la présidentielle de 2020. La même année, une enquête de l’Associated Press avait recensé moins de 475 cas potentiels de fraude électorale dans les six États clés lors de cette même présidentielle, et ce, sur les 24,7 millions de bulletins de vote déposés en faveur de l’un ou l’autre des candidats. Ce qui représente un taux de 0,0019 %, pas assez pour corrompre un dépouillement.