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ReportageGel tardif, printemps froid, canicules à répétition : les aléas climatiques se cumulent désormais au cours d’une même saison, bouleversant les cultures et fragilisant des maraîchers déjà faiblement rémunérés. Même les exploitations en agriculture biologique, engagées dans l’adaptation, peinent à résister.

Pierre Cellier a de plus en plus souvent l’impression de jouer au loto. Sa grille de chiffres : 3 hectares de terres agricoles, qu’il exploite en maraîchage bio à Villefontaine (Isère), à quarante minutes du centre de Lyon. Comme beaucoup de cultivateurs français, le trentenaire a été particulièrement malchanceux cette année. Il vient d’essuyer sa troisième canicule en six semaines. Trois vagues de chaleur à travailler de 5 heures du matin à la tombée de la nuit, pour soutenir les cultures en souffrance tout en évitant les heures chaudes. Trois périodes qui ont fait des dégâts « dans les champs comme dans la tête ».

Le maraîchage diversifié est pourtant conçu pour absorber les coups durs, grâce à des légumes cultivés tout au long de l’année. « On lance plusieurs variétés, les ratés sont compensés par les réussites », explique Sébastien Bruand, secrétaire national « légumes » au sein de la Fédération nationale d’agriculture biologique (FNAB). « Mais les aléas climatiques sont de plus en plus fréquents », constate-t-il. Gel tardif, sécheresse, canicule… au sein d’une même saison, les calamités se cumulent. La planification annuelle des cultures se mue en jeu de la terre et du hasard. « Il y a deux ans, l’été avait été extrêmement pluvieux », rappelle-t-il.