Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Coupe du monde 2026 Coupe du monde 2026 Coupe du monde 2026 Tribune Rachid Benzine Politiste Les joueurs de l’équipe de France de football sont la cible de propos racistes pendant la Coupe du monde. Le chercheur et écrivain rappelle, dans une tribune au « Monde », que la représentation n’est pas la ressemblance. Publié le 14 juillet 2026 à 17h00 Temps de Lecture 4 min. Read in English Article réservé aux abonnés L’équipe de France de football représente-t-elle vraiment la France ? La question est ancienne dans la vie politique du pays. Cependant, lors de cette Coupe du monde, elle est également posée à l’étranger, et de plus en plus explicitement. Une sénatrice paraguayenne a attaqué Kylian Mbappé en usant de termes raciaux. Une responsable argentine a décrit la sélection française comme une « équipe africaine ». Puis Mariano Rajoy, ancien président du gouvernement espagnol [de 2011 à 2018], a écrit que l’équipe de France ne comptait aucun joueur français. Ces joueurs sont des citoyens français. Ils ont été choisis par le sélectionneur national. Ils portent le maillot tricolore et concourent sous le drapeau français. L’objection ne porte donc pas véritablement sur leur nationalité. Elle porte sur leur apparence. Le problème, disons-le sans détour, est que beaucoup d’entre eux sont noirs. Toutefois, sous l’argument racial se cache une confusion plus profonde sur ce que veut dire représenter un pays. En latin, repraesentare ne signifie pas « ressembler ». Il désigne le geste qui consiste à placer quelque chose devant les yeux, à rendre présent ce qui ne l’est pas de soi-même. Représenter, c’est tenir la place d’une personne, d’une communauté ou d’un pays absent. La représentation commence non par la ressemblance, mais par l’absence. Une députée n’a pas besoin de ressembler à ses électeurs ; elle tient leur place. Un ambassadeur ne ressemble pas à son pays ; il le rend présent là où le pays lui-même ne peut comparaître. La représentation est un acte de délégation, non un portrait. Arithmétique de la peau Or, dans le débat sur les Bleus, le sens du mot change silencieusement. « Représentatif » en vient à signifier « ressemblant ». On attend des joueurs qu’ils composent un portrait démographique de la France, avec la juste proportion de tel groupe et de tel autre. Et, dès que la représentation devient ressemblance, inévitablement, le comptage commence. Il vous reste 69.68% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
Rachid Benzine, politiste : « Les Bleus sont représentatifs de la France non parce qu’ils reproduisent une image statistique du pays, mais parce qu’ils ont choisi de le servir »
TRIBUNE. Les joueurs de l’équipe de France de football sont la cible de propos racistes pendant la Coupe du monde. Le chercheur et écrivain rappelle, dans une tribune au « Monde », que la représentation n’est pas la ressemblance.











