Une approche immobilière holistiqueCroyez-le ou non: tout ce travail, ils ne l’ont pas fait pour eux-mêmes. La villa est à vendre. Et pas au rabais: en formule "tout compris", parfum d’intérieur inclus. Une habitation clé sur porte où, comme à l’hôtel, il ne reste qu’à ranger ses vêtements dans l’armoire.Avec le concept "plug-and-play" de Maison Osaïn, l’acheteur de la Villa Sous Tous Vent n’a plus qu’à suspendre ses vêtements dans l’armoire.© Tijs VerveckenLa "Villa Sous Tous Vent" est un cas d’école de ce que Ann Butaye et Thomas Verschuren développent ensemble. Sous le label Maison Osaïn, ils rénovent, construisent et aménagent des maisons de A à Z, avec un objectif ultime: la vente.Leur approche du développement immobilier tranche avec l’ordinaire. Elle regarde plus loin que les seuls mètres carrés, et assume une vision résolument plus holistique. À leur palmarès figurent déjà six projets finalisés, en Belgique et à l’étranger. Deux restent sur le marché: cette demeure à Knokke et une habitation durable en bois lamellé-croisé à Schilde. "En parallèle, nous travaillons sur une petite dizaine d’autres projets", précise Thomas Verschuren. "Nous avons fait une pause pour les nouvelles commandes, parce que nous pilotons tout avec une équipe de seulement cinq personnes."Un changement de capMaison Osaïn a émergé au cœur d’une période particulièrement houleuse, quand le couple a été contraint de changer de cap. "En 2020, tout s’est télescopé", raconte Ann Butaye. Enceinte de cinq mois de leur deuxième enfant, elle apprend qu’elle a un cancer du sein. "Ma maladie a remis tout en perspective. Ce qui semblait évident auparavant est soudain devenu moins important. J’ai appris à faire des choix bien plus conscients.""Ma maladie a remis tout en perspective. Ce qui semblait évident auparavant est soudain devenu moins important. J’ai appris à faire des choix bien plus conscients."Dans le même temps, la trajectoire professionnelle de Thomas Verschuren a basculé. Il quitte le bureau d’architecture qu’il avait fondé en 2017 avec un associé. Lorsque celui-ci rachète ses parts quatre ans plus tard, en raison de divergences sur l’avenir du bureau, Thomas Verschuren se retrouve certes avec un confortable capital. Mais aussi face à un vide vertigineux. "D’un coup, j’ai dû lâcher le rêve que j’avais construit pendant des années. Le cumul des changements familiaux, personnels et professionnels, nous a obligés à réfléchir à la manière dont nous voulions vivre, habiter et travailler ensuite."Un bouton resetLe couple n’a pourtant pas baissé les bras. Au contraire: ils en ont fait un catalyseur. Ensemble, ils quittent la ville pour la nature, à la recherche de calme et d’espace. "Cela peut paraître étrange, mais au fond je suis reconnaissante que toutes ces choses soient arrivées. Nous les avons vraiment utilisées comme levier", dit-elle. Thomas Verschuren opine. "Avec le covid, il y avait du temps et de l’espace. C’était une période où nous avons osé nous arrêter, réfléchir et nous réinventer. Notre vie a changé fondamentalement en très peu de temps. Nous pourrions écrire un livre à ce sujet."Et dans ce livre, un chapitre serait incontournable: leur déménagement d’Anvers à Kontich qui a posé les fondations de Maison Osaïn. "Nous avons rénové entièrement nous-mêmes notre maison de rangée à Oud-Berchem. D’un bien laissé à l’abandon, nous en avons fait quelque chose de beau", se souvient Ann Butaye. "Évidemment, le fait que Thomas soit architecte aide. Mais l’intérieur et l’art ont toujours été notre grande passion commune. Nous avons vendu la maison sans faire appel à un agent immobilier. Lors du week-end de visites, un nombre étonnamment élevé d’intéressés demandaient s’ils pouvaient racheter les œuvres, si les rideaux restaient, et si les meubles pouvaient aussi rester. C’est là que l’idée nous est venue: il y avait un vrai business à imaginer dans des maisons entièrement rénovées, finies et meublées."Lire aussi© Tijs VerveckenLe Dieu des plantes et des herbesLa genèse de Maison Osaïn, irrigue leur vision. "Vivre sainement, et donc aussi habiter sainement, est au fondement de la manière dont nous voyons la vie aujourd’hui. Nous avons un ensemble de valeurs très clair, présent dans chaque projet: l’apaisement, la durabilité, le dévouement, la beauté et une connexion profonde avec la nature", explique Ann Butaye. "Pour nous, Maison Osaïn est bien plus que de l’architecture. Nous le voyons de façon beaucoup plus holistique, comme une philosophie. Nos maisons doivent contribuer au bien-être de leurs habitants."Le nom lui-même raconte cette intention. Osaïn (ou Osanyin) est un dieu de la mythologie yoruba, associé aux plantes et aux herbes, célèbre pour ses pouvoirs de guérison. Maison Osaïn prolonge cette idée avec une cohérence sans faille, en privilégiant les matières naturelles. Dans la "Villa Sous Tous Vent", les murs sont recouverts d’un enduit d’argile. Ailleurs, le chêne et la pierre naturelle donnent le ton. L’importance accordée à la nature se lit aussi à l’extérieur: un vaste jardin d’environ 1.500m². Ils l’ont confié à Piet Oudolf, mondialement connu pour ses jardins naturels et sauvages, riches en graminées ornementales. Et c’est, au passage, son tout premier projet à Knokke.Même si Ann Butaye et Thomas Verschuren dessinent et sélectionnent tout eux-mêmes, Maison Osaïn ne se résume pas à un duo. Ils s’appuient sur cinq collaborateurs, ainsi que sur un investisseur externe. Ils travaillent aussi avec un réseau de partenariats, qu’ils préfèrent appeler des "friends". Pour l’art de la "Villa Sous Tous Vent", ils ont ainsi collaboré étroitement avec Kalpa, une galerie toscane à l’esthétique wabi-sabi affirmée, également très présente auprès du groupe hôtelier de luxe Aman. "L’approche et la vision d’Olga Niescier, fondatrice de Kalpa, sont très proches des nôtres", explique Ann Butaye. "Elle part d’une philosophie de vie qui mélange l’Orient et l’Occident, la matière et l’esprit, le passé et le présent."De la vaisselle sur mesurePour les biens Maison Osaïn, Ann Butaye a aussi imaginé une vaisselle sur mesure: des pièces faites main par le belge Keramiek by AKM, dans des tonalités naturelles et terreuses. Autre signature, elle aussi sur mesure et belge: une large gamme de linge de maison, des kimonos aux serviettes, en passant par les plaids, les nappes et les serviettes de table.Elle a enfin développé sa propre ligne de produits de soin, et même des parfums d’intérieur. "Jusqu’à présent, ces produits étaient un privilège réservé à ceux qui achetaient une demeure Maison Osaïn. À terme, nous aimerions ouvrir un showroom où proposer toute la collection", explique-t-elle.Leur intention initiale de se concentrer uniquement sur des biens historiques a, elle aussi, évolué. Le duo compte désormais des projets neufs dans son portefeuille. "Dans cette idée, Knokke devient un lieu pivot. Après la "Villa Sous Tous Vent", nous rénovons aussi une villa dans la Roodborstjeslaan. Et nous construisons dans la Korenbloemdreef et la Kastanjedreef."Lire aussi© Tijs VerveckenLe camping ardennaisLeur réflexe: transformer les obstacles en opportunités. Leur nouveau projet parallèle dédié à la location de vacances, ONA, en est la preuve. Le couple finalise actuellement un appartement compact à Heist, qui sera proposé à la location dès septembre sous le nom "ONA by the Sea".Le couple a choisi de distinguer les deux activités sous des noms différents. Les projets de Maison Osaïn sont destinés à la vente; ceux d’ONA à la location de vacances. À en juger par les rendus, les intérieurs affichent aussi une autre personnalité: plus colorés et plus joyeux. "L’hospitality est un secteur qui nous tient à cœur", raconte Ann Butaye. "Avant de lancer Maison Osaïn, nous avions même des plans très avancés pour reprendre un camping près de Malmedy, où nous voulions installer des cabines de luxe. Cela devait devenir une vraie "community", avec notamment un potager. Cela ne s’est finalement pas fait: le camping a été repris par le frère du bourgmestre. Dommage, mais nous ne sommes pas du genre à nous apitoyer longtemps. Nous nous sommes déjà retrouvés si souvent dans des situations imprévisibles; aujourd’hui, nous savons nous adapter et anticiper quelque chose de nouveau."Lire plusDécouvrez l'intérieur minimaliste d'un penthouse new-yorkaisRefuge de l’artiste: dans l’atelier rêvé de Rinus Van de VeldeLa plus folle maison de vacances du Sud de la France est signée Jean Prouvé