Ils passent inaperçus, ou presque. Ce sont pourtant des acteurs essentiels du milieu culturel. Le Devoir propose une série de portraits de métiers de l’ombre, grâce aux confidences de professionnels qui les pratiquent ou les ont déjà pratiqués.

Depuis qu’il apprend à accorder les pianos, Cédrick Ducasse parle d’une malédiction. « C’est horrible, s’exclame-t-il en riant. Je remarque des choses dans le son que même de très bons pianistes ne remarquent pas […] Je me dis : “ça, je pourrais l’arranger”. C’est une malédiction de tout remarquer. »Le piano est le seul instrument qu’un musicien n’accorde pas lui-même. Avant chaque répétition ou chaque concert, quelqu’un passe avant le pianiste. Quelqu’un qui ne montera jamais sur scène, mais dont dépend la justesse de chaque note.

Pourtant, dans la Classification nationale des professions, l’accordeur de piano figure dans la catégorie « Autres réparateurs et préposés à l’entretien », la même que le réparateur de lave-vaisselle. Au Québec, ces artisans sont environ une centaine, dont la majorité ont plus de 65 ans.Plusieurs métiers en un« C’est un métier qui est fait de plein de métiers », dit pour résumer Oliver Esmonde White, accordeur à Montréal depuis 54 ans. Le public imagine souvent qu’un accordeur ne fait que régler la hauteur des notes. Pourtant, le métier exige autant une oreille entraînée qu’une maîtrise de la mécanique de l’instrument. Lorsqu’une note résonne, elle produit une multitude d’harmoniques. L’accordeur doit apprendre à distinguer ces vibrations invisibles, puis à intervenir avec précision pour corriger ce qui échappe à la plupart des oreilles. « La difficulté, c’est de développer une oreille acoustique, explique Cédrick Ducasse. Pas juste entendre un son, mais entendre ce qu’il y a dans le son. »À cela s’ajoute la mécanique du piano, composée de milliers de pièces qui doivent être comprises, réglées et parfois réparées.