« Alouette, gentille alouette… » Passé 21 h, les milliers de spectateurs rassemblés sur le site du parc Georges V dimanche soir chantonnaient l’air connu qui donne au récent album de Les Louanges son titre. De l’arrière-scène, une caméra filmait Vincent Roberge chantant « Je confirme ma présence »; le musicien est enfin apparu en chair, en os et guitare au cou pour offrir « Au pied de la montagne (sauvez mon âme) ». La fête a commencé dès l’instant et ne s’est pas essoufflée pendant 90 fameuses minutes. Trois mois après avoir offert son meilleur album en carrière, Loulou s’est amené avec une performance impeccable.On en sort en se disant qu’il représente l’aboutissement même de la démarche derrière le projet Alouette !, l’album francophone québécois du printemps. Rappel : au Festival de musique émergente de Rouyn-Noranda en septembre 2025, Roberge et ses complices offraient un concert surprise levant le voile sur les chansons nouvelles de l’album qu’il était en train d’enregistrer.Appétissante performance, mais encore mal équarrie : hormis GODDAMN ! et l’extrait Correct, on découvrait des idées, des esquisses, des grooves, plus que des chansons mûries. L’album a fortifié ces idées qui, sur scène au Festival d’été de Québec dimanche soir, prenaient tout leur sens et en redonnait aux anciennes chansons de son répertoire, réinventées. Les orchestrations, dépouillées mais aggravées par un puissant son de basse élastique lors de « Qu’est-ce que tu me fais », donnaient un souffle radicalement nouveau à ce morceau mémorable de l’album Crash (2022). Pareil traitement pour « Pigeons » du même album, qui, par moments, sonnait comme le Massive Attack du premier ou deuxième album.« 418! » Roberge, de surcroît, possédait hier soir un charisme décuplé. Ce concert au Festival d’été de Québec, en tête d’affiche des scènes du parc Geroges V, il l’attendait depuis trois ans. La revanche de Loulou sur son concert annoncé en juillet 2023 et annulé en raison de fortes pluies — c’était, souvenons-nous, l’année du dernier concert, reporté, des Cowboys Fringants sur les plaines d’Abraham.« 418 ! », a scandé l’auteur-compositeur-interprète après avoir interprété « Chaussée », de Crash elle aussi, chanson revisitée par son brillant orchestre (claviers, impeccable section rythmique) dirigé par le complice multi-instrumentiste Félix Petit (sax, claviers, instruments à pitons). Le « fier représentant de Chaudière-Appalaches » a d’abord rappelé avoir pris ado le traversier pour voir des concerts au FEQ, puis les intempéries qui lui avaient fait rater son rendez-vous avec la ville de Québec en 2023. Ce soir, « on va donner le FOMO (de l’expression anglaise « fear of missing out ») aux plaines », où le crooner canadien Michael Bubblé tenait le haut de l’affiche.Merveilleusement calibré entre les chansons nouvelles et celles des précédents albums, entre les grooves dansants (le funk synthétique de « Correct », les décharges rock et les titres plus avant-gardistes (quelle fragile et belle version d’« À la nage », composition à la manière Frank Ocean !), Les Louanges nous a fait passer une soirée sans temps morts.Et même dans l’engagement : présentant la ballade « Ne me quitte pas les yeux », Roberge a dédié la chanson à sa copine Lia (qui chantait les chœurs au début du spectacle), au personnel médical qui les a accompagnés dans les derniers moments de son beau-père, « ces femmes, en majorité, issues de l’immigration ». Il n’a pas eu besoin de s’étendre sur la portée de sa prise de parole puisque « j’ai dit tout ce que j’avais à dire sur l’album », sur ce Québec « né pour un p’tit pain / mort pour une piscine hors terre », strophe tirée de « Promis juré », balancée tôt dans la soirée avec l’autre brûlot « Chez nous ». Cette tournée fera son gros bonhomme de chemin en festivals (au Festif ! sous peu, de retour à Rouyn-Noranda à la rentrée), puis en salles (trois Théâtre Olympia à Montréal en décembre) et en Europe au début de 2027.D’autres groupes québécois s’illustrent Deux autres formations québécoises se sont illustrées à l’affiche du programme du jour au parc Georges V. Vers 18 h, Nectar Palace en formule trio, agrémentée de Virginie B., pour leur duo Vidéo TDA. Les chansons du projet indie pop dansante de Shaun Pouliot gagnent en tonus sur scène en comparaison à leurs versions studio, et sous le soleil de plomb, s’appréciaient comme une bonne limonade. Juste après, l’autrice-compositrice-interprète Hélène Barbier et son orchestre distribuaient les chansons de son attachant Panorama, lancé en novembre dernier ; son regard oblique sur l’indie rock, ses progressions harmoniques inattendues et ses habiles lignes de basse, étaient l’hors-d’œuvre idéal au concert de Les Louanges.