Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Théâtre Théâtre Théâtre Chronique Michel Guerrin A l’occasion de la représentation de la pièce « Maldoror » en ouverture du festival, Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde », remarque, dans sa chronique, que le théâtre produit nombre de spectacles engagés pour dénoncer les maux de notre planète sans que les principales victimes soient dans la salle. Publié aujourd’hui à 05h30, modifié à 09h50 Temps de Lecture 4 min. Article réservé aux abonnés Est-ce bien raisonnable, un spectacle de cinq heures trente (avec entracte) pour ouvrir le 80e Festival d’Avignon, sous les étoiles du Palais des papes ? Pour Maldoror, mis en scène par Julien Gosselin, vous démarrez à 22 heures et vous finissez au cœur de la nuit. Dans le programme, il est conseillé de venir avec gourde, Thermos, petits en-cas et coussin. Les commentaires, à la fin, sont contrastés. C’est une expérience éprouvante – d’autant que la pièce ne donne pas dans la gaudriole : elle a pour sujet le mal – qui dit beaucoup du théâtre public, de son côté à part et sauvage. La durée de Maldoror, à voir jusqu’au 12 juillet, n’a rien d’exceptionnel. Plusieurs pièces du « in » d’Avignon s’étirent cette année de deux heures trente à dix heures. Tout habitué du Festival a également dans la tête un spectacle de quatre heures ou plus, avec mistral et couverture, à vivre comme une épreuve heureuse, qui plonge le corps et l’esprit dans l’inconnu. Nous n’avons pas vu Maldoror mais vu du même Gosselin, en 2025 à Paris, son beau Musée Duras, qui durait dix heures – on y était au début, puis on a pris l’air, et on est revenu pour la fin. On se souvient de l’envoûtant Einstein on the Beach, de Robert Wilson, au Théâtre du Châtelet en 2014, qui dépassait les cinq heures – on aurait aimé deux heures de plus. Et l’on garde le regret éternel de ne pas avoir assisté, en 1971, au Regard du sourd, fresque muette de sept heures du même Bob Wilson au Festival de Nancy. Bref, la durée n’est pas un sujet depuis la création, en 1943, du Soulier de satin, de Claudel, qui dure généralement onze heures – Sacha Guitry en tira une formule : « Heureusement qu’il n’y avait pas la paire. » Non, ce qui fascine, dans le théâtre public, c’est-à-dire subventionné, c’est l’évidence à proposer des spectacles XXL, en tenant le doute à distance. Julien Gosselin, qui est le directeur du Théâtre de l’Odéon, à Paris, est peu enclin au compromis. La pédagogie et la limpidité narrative ne semblent pas ses préoccupations. Sans doute se fiche-t-il des études en cascade qui montrent que des spectacles qui se finissent tard découragent les classes laborieuses qui se lèvent tôt et que la capacité d’attention des adultes et des jeunes ne cesse de diminuer. Il vous reste 63.01% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.