06 juillet 2026Aujourd'hui à 15:28Le débat budgétaire ne doit pas être remplacé par un concours de postures idéologiques. En repoussant l’heure des choix, ce risque grandit.Nous n’aurons probablement pas d’accord budgétaire pour la Fête nationale. L’ambition d’atterrir d’ici le 21 juillet ayant du plomb dans l’aile, l’exécutif mise sur le mois d’octobre pour remettre sa copie à la Commission européenne.Vu l’effort à réaliser, au moins 7,9 milliards à dégoter d’ici la fin de la législature, ce délai ne sera pas du luxe. Mais attention, ce temps supplémentaire ne servira à rien si chaque formation politique l'utilise pour radicaliser ses positions.Le Premier ministre Bart De Wever a beau appeler les présidents de parti à s’abstenir de faire des "propositions trop folles" dans les médias, certains n’entendent vraisemblablement pas s’en priver. Côté francophone, la donne est limpide entre un Georges-Louis Bouchez (MR) qui martèle qu’il n’acceptera aucun nouvel impôt, tout en plaidant pour des réductions substantielles de dépenses, et un Yvan Verougstraete (Les Engagés) qui a récemment sorti de son chapeau une proposition inédite de taxe sur les grands patrimoines financiers.Ce nouvel impôt prôné par les centristes est parvenu à susciter l’ire de plusieurs acteurs majeurs de l’écosystème wallon, Fabien Pinckaers et Fabrice Brion en tête, conduisant ensuite Verougstraete à affiner – certains diront à faire une courbe rentrante – son propos en précisant que les contours de la mesure pouvaient être discutés. Reste que pour discuter de ces contours, il faudrait que Les Engagés trouvent des soutiens à la table du gouvernement sur le principe même d’un tel impôt, ce qui semble encore loin d’être gagné.Le faux choix entre dépenses et recettesSans surprise, la discussion sur l’assainissement de nos finances publiques se clive donc à nouveau entre les partisans d’un régime drastique infligé à l'État et ceux qui prônent une réflexion sur les recettes. Au lieu de travailler sur ces axes de concert, les deux camps rivalisent pour l’heure d’anathèmes. Dire que l’administration publique belge est trop vaste et que le niveau de dépenses reste trop élevé n’empêche pourtant aucunement de souligner que les recettes publiques ont également reculé ces dernières années (passant de 52,5% du PIB en 2013 à 49% l’an dernier). Ces problèmes ne s’excluent pas, n’en déplaise à certains.En remettant la conclusion d’un accord à plus tard, Bart De Wever prend en tout cas le risque de renforcer la polarisation entre les ailes de son gouvernement. Pire, on pourrait assister à une forme de pourrissement du débat, voire à la dégradation de la conjoncture mondiale, ce qui ne serait bénéfique pour personne.L’an dernier, le chef du gouvernement avait dû mettre tout son poids dans la balance pour parvenir à rassembler sa coalition autour d’un budget commun. Ce psychodrame, qui avait conduit De Wever jusqu’au Palais et retardé l’adoption de certaines mesures, devra à tout prix être évité cette fois-ci. Avec le pire budget de l’Eurozone, le gouvernement doit oser poser des choix forts. Le courage politique ne consiste pas à refuser toute nouvelle recette ni à défendre toute dépense existante. Il consiste à accepter que l'ampleur du déficit oblige à remettre en question ces deux aspects. Gageons que les partis parviendront rapidement à surmonter les slogans pour œuvrer à élaborer un budget un tant soit peu présentable.
Édito | Le déficit ne choisit pas son camp
Le débat budgétaire ne doit pas être remplacé par un concours de postures idéologiques. En repoussant l’heure des choix, ce risque grandit.










