Galvanisés, les soldats ukrainiens parviennent depuis quelques mois à enrayer l’offensive russe, voire à libérer des territoires. Sur le terrain, ils s’en réjouissent, tout en faisant preuve d’un optimisme prudent. Reportage.

Les coquelicots émergent des herbes folles, constellant les plantations de betteraves le long du bitume cabossé. Puis, dans ce doux décor, la guerre qui jaillit ici, dans ces villages ravagés bordant un étang. Ou là, au cœur de ces champs striés de fortifications, de barbelés acérés scintillant sous le soleil ardent. Elle rugit, canonne au cœur des steppes infinies de Zaporijjia, théâtre de violents combats dans le sud-est de l’Ukraine, où, à l’image des 1200 km de ligne de front, l’armée de Kiev bombe le torse, retrouvant enfin l’initiative face aux assauts russes.La guerre du futur se joue là-haut, dans ce ciel tacheté de nuages cotonneux. Les filets anti-drones coiffent les routes, à perte de vue. La rumeur d’un moteur perce soudain depuis un bosquet quelconque. Sous la canopée verdoyante apparaît un large blindé, bardé d’un manteau de pics de fer destiné à atténuer l’effet des drones kamikazes FPV (First Person View, pilotés en immersion). De ce porc-épic sur roues émergent deux hommes, l’un avec la jambe sanguinolente, l’autre qui porte un bandage autour du crâne. Suivent une nuée de soldats casqués, sanglés de leur gilet pare-balles, heureux d’avoir secouru leurs camarades.