Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Livres Livres Livres Romans étrangers Romans étrangers Romans étrangers Ce récit du destin entravé d’une modeste jeune femme du Massachusetts, qui date de 1917, démontre l’extraordinaire clairvoyance de l’autrice sur les rapports de domination et les illusions du désir. Article réservé aux abonnés « Eté » (Summer), d’Edith Wharton, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Julie Wolkenstein, P.O.L, « #formatpoche », 336 p., 14 €. Quelle heureuse initiative que de republier Edith Wharton (1862-1937), l’une des plumes les plus pénétrantes de la littérature américaine, admirée par son ami et confident Henry James et première femme à recevoir le prix Pulitzer, en 1921. Les rééditions ont cette vertu : elles défont les clichés que la postérité finit par accoler aux écrivains. Car si la grande bourgeoise qu’était Wharton demeure associée aux élites de la Côte est qu’elle disséqua avec une ironie féroce dans Le Temps de l’innocence (Plon, 1921, que réédite GF) ou Chez les heureux du monde (Plon, 1908 ; Gallimard, 2024, dans Chroniques de New York), son regard ne s’arrêtait pas aux frontières de son milieu. Elle savait aussi tourner son attention vers les existences modestes, les destins entravés. C’est ce que rappelle magnifiquement Eté (Plon, 1918), qui paraît chez P.O.L dans une nouvelle et superbe traduction de l’écrivaine Julie Wolkenstein – laquelle avait déjà retraduit Ethan Frome, autre grand roman de Wharton (P.O.L, 2014). Publié en 1917, Eté nous conduit vers une bourgade pauvre de Nouvelle-Angleterre, North Dormer, dominée par un lieu encore plus pauvre, La Montagne. « Venir de La Montagne constituait la pire des disgrâces », note Wharton. Or, c’est de là que vient son héroïne, Charity, 19 ans, qui, abandonnée à la naissance, a été recueillie par un avocat devenu son tuteur, Mr Royall. Charity et Royall, c’est un peu Célimène et Alceste chez Molière : le vieux Royall rêve d’épouser sa pupille, tandis que cette dernière s’est follement éprise de Harney, un jeune architecte de Boston venu faire des croquis à North Dormer. Les quatre saisons sont allégoriquement contenues dans le roman. Le printemps à l’issue duquel on cueille la belle et rebelle Charity ; l’été où l’on suit l’épanouissement de son désir, ses retrouvailles clandestines avec Harney et les conséquences de celles-ci ; l’automne enfin, et même l’hiver qui se profile pour Charity, lorsque la lâcheté de Harney redonne l’avantage à Mr Royall. Il vous reste 45.1% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.