Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Séries Séries Séries Tribune Gisèle Berkman Essayiste La philosophe Gisèle Berkman critique, dans une tribune au « Monde », l’adaptation par le metteur en scène israélien Hagai Levi du journal d’Etty Hillesum sur Arte, et son choix de vouloir donner à la Shoah une « résonance universelle » après le choc du 7 octobre 2023, au risque de lui faire perdre sa singularité. Publié hier à 19h30 Temps de Lecture 4 min. Article réservé aux abonnés Diffusée sur Arte, la minisérie Etty, tirée par le metteur en scène israélien Hagai Levi du journal d’Etty Hillesum [Une vie bouleversée, Points, 2020], a remporté un immense succès critique. Jeune femme juive vivant à Amsterdam, Etty Hillesum, qui rêvait, comme sa contemporaine Anne Frank [1929-1945], de devenir écrivaine, a tenu son journal de 1941 à 1943, au moment où la persécution des juifs des Pays-Bas battait son plein. Refusant de se sauver, elle se fait transférer, en juillet 1942, au camp de transit de Westerbork pour y apporter son soutien aux prisonniers. Elle choisit d’y rester en juillet 1943 lorsque sa famille s’y retrouve internée. En septembre de la même année, elle sera déportée avec eux à Auschwitz [Pologne], où elle serait morte en novembre 1943 [à l’âge de 29 ans]. Il y a dans Etty quelque chose d’hypnotique, lié à la virtuosité du filmage, au talent d’acteurs filmés en gros plans, l’actrice principale notamment, visage diaphane, grands yeux translucides. Pourtant, cette série tant vantée, on l’a regardée avec une gêne croissante. Cela tient d’abord au fait que la persécution des juifs néerlandais (75 % d’entre eux ont été assassinés, soit le taux le plus élevé de toute l’Europe occidentale) se trouve projetée dans un quasi-présent qui pourrait être celui des années 1980, n’étaient les uniformes nazis et les affiches « Interdit aux juifs ». S’il permet d’échapper à la pesanteur des reconstitutions, le procédé est générateur d’équivoques. A aucun moment l’étoile jaune, pourtant imposée depuis avril 1942, n’est montrée. Diluée qu’elle est dans un fascisme généralisé, la Shoah perd de sa singularité. Certes, à la fin du dernier épisode, on rappelle le sort d’Etty et de sa famille ainsi que celui des juifs néerlandais, mais le traitement de la Shoah, cette façon de dire sans dire, de vaporiser la menace, laisse un goût de malaise. Figure idéale Dans un entretien à Télérama daté du jeudi 28 mai, le metteur en scène exilé à Paris évoque le choc produit par le 7 octobre 2023 [date de l’attaque terroriste perpétrée par le Hamas contre Israël], puis par les bombardements sur Gaza. Tournée dès septembre 2024, la série porte en creux l’empreinte des événements. Selon Levi, on ne peut plus « raconter la Shoah de la même façon, sans lui donner une résonance universelle, au regard des horreurs de ces derniers temps ». Les descendants des victimes de la Shoah seraient-ils devenus pour lui les « génocidaires » d’aujourd’hui, pour user d’un terme dont l’usage actuel est avant tout idéologique ? Il vous reste 60.48% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.