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EnquêteDes milliers d’hommes diffusent en ligne les images des agressions qu’ils font subir à des femmes endormies et discutent de leurs modes opératoires. Si le procès des viols de Mazan a fait de la soumission chimique un sujet de premier plan, le lien entre sommeil et violences sexuelles est loin d’être un phénomène contemporain.

« Allez-y, elle regarde ailleurs ! », promet le site pornographique américain Motherless, qui se présente comme une « plateforme sans tabou moral, où tout contenu légal est hébergé indéfiniment ». Active, la plateforme l’est assurément, avec plus de 62 millions de visites enregistrées pour le seul mois de février, selon le média américain CNN. « Sans tabou moral », en revanche, fait figure d’euphémisme : la plateforme est en réalité un gigantesque carrefour où se croisent des contenus hardcore (extrêmes), parmi lesquels 20 000 vidéos de femmes endormies à leur insu et violées, visionnées des centaines de milliers de fois.

Dans une vaste enquête consacrée à cette affaire, dite de « l’académie mondiale du viol », cinq journalistes de CNN estiment que ces images ne sont que la pointe émergée de l’iceberg. Ces vidéos servent de lieu de rencontre à des hommes qui, dans un second temps, migrent vers des canaux de discussion hébergés sur Motherless ou sur des plateformes comme Telegram. Sur ces salons de discussion baptisés « Zzz » ou affichant un émoji endormi circulent des guides pour réussir à endormir sa compagne, des conseils sur les manières de se procurer les médicaments adéquats, des astuces pour s’assurer de l’inconscience de la victime – le #eyecheck, par exemple, explique comment soulever la paupière pour évaluer la profondeur du sommeil –, mais aussi des vidéos, parfois monétisées, ou des lives d’internautes diffusant les agressions dont ils sont les auteurs.