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EnquêteDe plus en plus, les hommes parlent. Comme les femmes, certains ont longtemps vécu sans avoir conscience de violences sexuelles subies dans l’enfance. Jusqu’au jour où leurs souvenirs ressurgissent. C’est ce phénomène largement documenté d’amnésie traumatique, et la façon dont elle se fissure, dont témoignent Baptiste de Cazenove, Didier Barral et le journaliste de France Inter Frédéric Pommier, qui a publié en avril un livre sur les viols qu’il a subis entre 4 et 7 ans.

Pour sortir de la nuit, pour s’exprimer en direct sur ce sujet, il lui a fallu une vie ou presque. A l’occasion de la parution de son livre Derrière les arbres (Flammarion), Frédéric Pommier, 50 ans, est l’invité de la matinale de France Inter. Ce jeudi 16 avril, le journaliste de la radio publique raconte les viols entre ses 4 et 7 ans commis par quatre hommes différents, l’oubli, condition de sa survie, la folie qui rôde, la lutte pour ne pas être emporté. Les auditeurs ont entendu sa voix se mettre à trembler, se briser. Puis ils l’ont entendu reprendre sa respiration, desserrer l’étreinte de l’émotion autour de la gorge, poursuivre son récit.

Frédéric Pommier écrit et parle pour le petit garçon de « 7 ans trois-quarts » qu’il était lorsque l’un de ses violeurs « s’est soulagé sur [s]on visage », avant de lui dire : « Je savais que tu en avais envie. » Il le fait aussi pour tous les autres, « ceux qui n’en sont pas revenus », « ceux qui ont oublié », « ceux qui se souviennent ». Mais entre le moment où le brouillard sur son enfance saccagée a commencé à se dissiper et celui où ses mots à l’antenne sont devenus précis, déterminés, seize années se sont écoulées.