Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Livres Livres Livres Essais philosophie Essais philosophie Essais philosophie Chronique Roger-Pol Droit La chronique « essai » de Roger-Pol Droit, à propos de la réédition du manifeste « L’Utilité de l’inutile », de Nuccio Ordine, devenu un classique depuis sa parution initale en 2012. Publié hier à 18h00 Temps de Lecture 2 min. Article réservé aux abonnés « L’Utilité de l’inutile. Manifeste » (L’utilità dell’ inutile), de Nuccio Ordine, suivi d’un essai d’Abraham Flexner, traduit de l’italien et de l’anglais par Luc et Patrick Hersant, illustrations de Scott Pennor’s, postface de Matteo Leta, Les Belles Lettres, 222 p., 15 €, numérique 12 €. A quoi sert d’apprendre le grec ancien, ou le latin ? A quoi servent tableaux, romans, poèmes, symphonies ? Rigoureusement à rien. Du moins si l’on s’en tient à une conception de l’utile défini uniquement par des conséquences directes et visibles – qu’elles soient matérielles, sociales ou financières. Si l’utilité ne se mesure qu’en matière d’efficacité pratique et de profit, on devra effectivement déclarer inutiles arts, idées et culture. Le problème, en opérant ainsi, est qu’on jette par-dessus bord la quintessence de l’humain. Car la passion pour l’inutile est ce qui nous spécifie parmi les vivants. Pas d’humain sans goût du geste gratuit, sans quête de la beauté à jamais dépourvue de fonction, de but, de prix. Le plus utile à l’humanité, à son déploiement et sa survie, est donc finalement cet indispensable superflu. Voilà le paradoxe fondateur : rien n’est plus utile, humainement, que ce qui est inutile, pratiquement. La remarque n’est pas nouvelle. Mille auteurs l’ont déjà souligné. Malgré tout, il faut le répéter aujourd’hui, d’autant plus haut, et d’autant plus fort, que l’empire de la bêtise gagne en extension et en intensité de manière vertigineuse. C’est pourquoi, il y a déjà une quinzaine d’années, Nuccio Ordine (1958-2023) a commencé à entrer en guerre, à son tour, contre la pernicieuse dévalorisation idéologique de l’inutile. Faisant feu de tout bois, ce professeur à l’université de Calabre (Italie) s’est mué en ardent défenseur des humanités, de la culture et de l’esprit. Grand connaisseur de la Renaissance, spécialiste du philosophe Giordano Bruno (1548-1600), cet homme-orchestre d’une culture époustouflante a publié, en 2012, le manifeste intitulé L’Utilité de l’inutile. Il vous reste 45.22% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.