Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Donald Trump Donald Trump Donald Trump Tribune Jan-Werner Müller Politiste Le politologue Jan-Werner Müller, spécialiste du populisme, s’est récemment rendu à Washington. Dans une tribune au « Monde », il raconte la transformation de la capitale américaine voulue par Donald Trump afin de la rendre à son image. Publié aujourd’hui à 05h00 Temps de Lecture 6 min. Article réservé aux abonnés A Washington, ce n’est pas uniquement la façade du Kennedy Center, véritable cœur culturel de la capitale fédérale, qui avait été modifiée pour en changer le nom. Même une camionnette d’entretien arborait « Trump Kennedy Center » pour complaire au président américain, qui avait souhaité ajouter son nom à celui de cette institution. Malheureusement pour lui, la justice a imposé que l’on en revienne à « Kennedy Center ». L’affaire est cependant une nouvelle illustration de la transformation à la fois chaotique et sinistre que Washington est en train de subir. Lors d’une récente visite, j’ai eu l’impression que la ville offrait une série de contradictions troublantes. Il y a le franchement grotesque : un centre artistique Trump est à peu près aussi crédible que la « Trump University », cette institution factice que l’homme d’affaires avait créée, avant d’être président, afin de s’enrichir. Il y a aussi des gestes architecturaux effrayants qui rappellent le fascisme : tout comme Hitler qui, après avoir vu l’Arc de triomphe à Paris, avait décidé qu’il lui en fallait un beaucoup plus grand, Trump veut à son tour s’inspirer de l’édifice élevé par Napoléon. Ce projet, validé fin mai, relèvera du vandalisme visuel. L’aile est de la Maison Blanche a, elle, bien été démolie pour faire place à une salle de bal. Beaucoup se souviennent pourtant de ce lieu avec affection, d’autant qu’elle servait d’entrée pour les touristes. Un peu plus loin, des membres de la garde nationale errent sans but sur le National Mall, le vaste parc au centre de Washington où se trouvent plusieurs monuments et musées. Certaines parties de cette esplanade ont été fermées derrière de gigantesques panneaux déclarant que la ville est en train d’être rendue « sûre et belle ». Le désir compulsif de Trump de laisser son empreinte sur le paysage urbain n’est pas nouveau. Juste avant Noël 2020, dans les derniers jours de sa première administration, entre deux tentatives de propager le « grand mensonge » sur sa prétendue victoire à l’élection présidentielle, il avait pris le temps de publier un décret intitulé « Promouvoir une belle architecture civique fédérale ». Le texte faisait du « classicisme » le style privilégié des nouveaux bâtiments fédéraux, sans interdire ouvertement le modernisme. Il vous reste 78.45% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.