Quelques minutes à peine après la fusillade meurtrière qui a coûté la vie à trois personnes, dont un policier et un citoyen montréalais, lundi, des images choquantes de l’événement tragique circulaient déjà à un rythme effréné sur les réseaux sociaux. Une experte en stress post-traumatique met en garde contre les conséquences psychologiques que peut encore engendrer le visionnement de ce type de contenu.Choc, dégoût, anxiété, dissociation, sentiment de déconnexion, colère, rage, questionnements existentiels, tristesse, découragement, honte, culpabilité : toutes ces réactions sont « normales » face au visionnement d’images de l’« événement anormal » de lundi à Côte-des-Neiges, explique la Dre Pascale Brillon, psychologue et professeure au Département de psychologie de l’UQAM, spécialiste du trouble de stress post-traumatique.Actuellement, c’est le « far-west » en ligne, fait-elle valoir, déplorant que des vidéos et des photos « extrêmement explicites » continuent de circuler depuis lundi. « On assiste en direct à la vie, à la balle et à la mort », résume l’experte. Ces images vivides, « gores », accompagnées de sons stridents, ont toutes le potentiel d’être ébranlantes et ce, peu importe qui les regarde.Or, précise la Dre Brillon, certaines personnes sont plus vulnérables face à ces images. D’abord, avoir été témoin de la fusillade est particulièrement traumatisant : environ 10 % des personnes présentes sur les lieux lundi pourraient développer un trouble de stress post-traumatique.La psychologue se préoccupe aussi des groupes pour qui ces images peuvent réactiver un souvenir traumatique déjà présent. Elle cite en exemple les survivantes et les étudiants présents aux tueries de Polytechnique, en 1989, et de Dawson, en 2006. Elle mentionne également les « migrants qui ont déjà vécu la guerre », ainsi que les policiers et militaires ayant déjà vécu un moment où ils ont craint pour leur vie.S’ajoute à cela le phénomène d’identification aux victimes : plus une personne se reconnaît dans le profil des victimes, plus le risque de détresse augmente. « Moi aussi, j’avais ce profil. Moi aussi, j’ai une femme qui est enceinte. Moi aussi, je réponds à de tels appels », illustre la Dre Brillon en évoquant le cas du policier du SPVM tué lundi. « Plus la possibilité de similitude avec la personne que je vois en vidéo est grande, plus je suis à risque de développer de la détresse ».
Après la fusillade dans Côte-des-Neiges, le pouvoir traumatisant des images
«On assiste en direct à la vie, à la balle et à la mort», regrette la psychologue Pascale Brillon.













