Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Musiques Musiques Musiques Chronique Michel Guerrin Rédacteur en chef au « Monde » En inaugurant, mardi, une nouvelle salle consacrée à la musique classique à Evian, Aline Foriel-Destezet montre une nouvelle fois son influence dans un secteur en mal de soutien public et où l’argent est de plus en plus dirigé vers les structures privées, relève Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde », dans sa chronique. Publié aujourd’hui à 06h15, modifié à 17h25 Temps de Lecture 4 min. Article réservé aux abonnés Il s’est passé une chose fascinante à Evian-les-Bains (Haute-Savoie), mardi 23 juin, autour de 19 heures. Tout le gratin de la musique classique de France et de Navarre a fait le déplacement pour inaugurer une petite salle de concert de 480 places surplombant le lac Léman. Elle est mitoyenne d’une autre salle, de 1 100 places cette fois, créée il y a trente ans. Deux temples musicaux dans une ville de moins de 10 000 habitants. Stupide ? Oui. Mais ça s’explique. Ce beau monde est venu pour une femme, la très discrète et influente Aline Foriel-Destezet, 85 ans. C’est elle qui finance la nouvelle salle, nommée Source vive, elle qui en paiera le fonctionnement, elle qui a choisi le violoniste Renaud Capuçon pour programmer de la musique de chambre. Tant qu’à faire, elle mécène aussi l’autre salle, nommée La Grange au lac, appartenant au groupe Danone et axée sur le symphonique. Les deux équipements accueillent jusqu’au 5 juillet les Rencontres musicales d’Evian. Deux salles consacrées au classique dans cette ville, c’est donc n’importe quoi à une époque où le bon sens invite à créer une offre là où il n’y a rien, dans les campagnes et aux abords des villes. Aline Foriel-Destezet n’a rien à faire de ces considérations et on la comprend. Elle fait ce qu’elle veut de son argent, n’a pas à se justifier, ne dit rien du coût de la salle d’Evian, peut défiscaliser. Si tout ce beau monde a couru à Evian, c’est en raison de son profil. Aline Foriel-Destezet est la veuve, depuis 2021, de Philippe Foriel-Destezet, qui fonde Ecco en 1964, devenu Adecco en 1996, numéro un mondial du travail par intérim. Sa fortune, selon les sources, oscille entre 1 milliard et 2,8 milliards d’euros. Elle est la plus importante mécène de la musique classique en Europe. Mieux, aucun autre mécène à titre personnel n’a une telle influence, quel que soit le secteur culturel. La liste de la cinquantaine de lieux et événements musicaux qu’elle finance est vertigineuse : l’Opéra de Paris, la Philharmonie de Paris, l’Opéra-Comique, le Théâtre des Champs-Elysées, le Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence, l’ensemble Les Arts florissants, l’Opéra de Bordeaux, Insula orchestra, l’Opéra royal de Versailles… Et puis 14 lieux en Suisse, d’autres en Italie, au Royaume-Uni, et le Festival de Salzbourg, en Autriche… Il vous reste 62.6% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.