Sorte de version pauvre de Tanguy, Corentin Périer est un vingtenaire intello et introverti, résidant avec ses parents dans l’agglomération parisienne. Pour quitter le nid familial, il lui faut un travail. Mais pour qu’il trouve et maintienne un boulot, un permis de conduire coûteux s’impose. Corentin est pris dans un paradoxe — terme qu’il évoque à plusieurs reprises dans l’intrigue, en hommage à son héros Albert Einstein, fasciné par les contradictions que la logique ne suffit pas à résoudre.Deuxième long métrage de Martin Jauvat (Grand Paris), Baise-en-ville prend la forme d’une odyssée absurde en mode mineur. Jauvat, qui se dirige lui-même dans la peau du protagoniste, ancre son récit à Chelles, commune de sa propre enfance située à environ une heure à l’est de Paris. Son interprétation rappelle le flegme particulier de Michael Cera — maladresse assumée, répliques figées —, mais sans le magnétisme décalé qui rendait l’Américain irrésistible à ses débuts.Comme Ulysse, Corentin mène sa quête d’autonomie en croisant bon nombre de figures colorées semblant évoluer dans une dimension adjacente au réel. Mais elles sont ici enveloppées d’une loufoquerie qui irrite plus qu’elle n’amuse. L’une d’elles est Ricco, adepte de poignées de main secrètes et patron jovial d’Allo Nettoyo, une compagnie à l’éthique douteuse spécialisée dans le nettoyage post-party chez les nantis.Si cet emploi nocturne d’homme de ménage permet à Corentin de financer ses cours de conduite, le travail est épuisant. Les contrats, qui s’exécutent loin de Chelles, l’obligent à de longs trajets en transport en commun. Jauvat illustre ces déplacements par de nombreuses vignettes — autobus, RER, trottinette électrique, marche nerveuse — qu’il tente de dynamiser par des transitions en volet (façon Star Wars) ou des scènes de montage saccadé pulsant sur des tubes pop anglophones disparates des années 1990.