Depuis le sommet isolé d’une colline du Myanmar, un commandant improbable observe l’ennemi posté sur la crête voisine. Il plisse les yeux derrière ses lunettes couvertes de poussière. Tandis que le vent soulève la terre sèche, le Dr Lone Lone, chef rebelle depuis cinq ans, réprime une toux, puis laisse échapper un léger sifflement.Ses hommes le saluent. Leur tenue est impeccable, même si leur armement ne l’est pas.Dans tout le cœur du Myanmar, où fait rage une guerre civile féroce et oubliée, les groupes rebelles sont dépassés en armes comme en effectifs. Les civils qui les soutiennent subissent les raids incessants de l’armée, qui met brutalement fin, par un coup d’État, en 2021, à une brève période de gouvernement électoral. Les généraux myanmarais ramènent le pays sous une dictature militaire totale, fracturent la nation et déclenchent une crise humanitaire.Loin des projecteurs braqués sur l’Iran, l’Ukraine, le Liban et d’autres conflits, le Myanmar, pays de l’Asie du Sud-Est d’environ 50 millions d’habitants, s’effondre dans un silence relatif.Récemment, le New York Times a accompagné le Dr Lone Lone dans une région tenue par les rebelles. Nous nous trouvons en Anyar, une partie du centre du Myanmar où, selon les rebelles, aucun journaliste étranger ne s’est rendu depuis que l’armée a renversé le gouvernement civil et a effacé les réformes politiques et économiques.