Serge QuoidbachRédacteur en chef adjoint24 juin 2026Aujourd'hui à 21:05En proposant une taxe sur les grandes fortunes, le président des Engagés a relancé la musique des "épaules les plus larges". Mais avant de construire une fiscalité plus juste, il faudra bien définir ce qu'est être riche.C'est la saison des coups de chaud. Et le casse-tête budgétaire en cours d'élaboration est propice à faire monter la température dans les couloirs du gouvernement fédéral. C'est dans ce contexte que doit se lire la sortie en début de semaine du président des Engagés, Yvan Verougstraete, sur une contribution des plus grandes fortunes.On peut comprendre le principe sous-jacent. La manière beaucoup moins.Face à la note abyssale de la Belgique (7 milliards à trouver d'ici à la fin de la législature, voire 14 pour les plus motivés), se limiter à une simple réduction des dépenses ne suffira pas, effectivement. Le Fédéral n'aura pas le choix: il lui faudra chercher de nouvelles recettes.Il ne semble donc pas anormal de voir le président d'un des partis autour de la table sortir une proposition en ce sens. Ce qui lui permet de faire coup double: selon les derniers sondages, une grande majorité des Belges, toutes tendances politiques confondues, voudraient voir les "riches" contribuer davantage aux finances de l'État.Une proposition qui, en outre, ne coûte pas trop cher. Face au mur du MR, viscéralement opposé à toute taxation supplémentaire, elle pourrait tout simplement rester lettre morte. Et laisser une trace favorable dans l'opinion publique, celle du "au moins, j’aurai essayé".Sur le front politique, donc, la sortie d'Yvan Verougstraete fait sens. Sur la forme, par contre, elle fait tache.Dans sa note, le président des Engagés avance une taxation progressive qui viendrait s'appliquer par tranche sur le capital financier, à l'exclusion, insiste-t-il, du patrimoine immobilier. Une exception qui, en creux, laisse le champ ouvert au capital détenu par un entrepreneur dans sa propre entreprise."Adieu la Belgique!"Ce qui n'a pas manqué de faire réagir l'un des plus grands représentant du monde entrepreneurial belge, Fabien Pinckaers, avec un argument difficilement contestable: en l'état, le créateur d'Odoo, bien que son entreprise soit valorisée à 10 milliards d'euros, serait financièrement incapable de payer cette taxe. D'où cette phrase lâchée sur les réseaux sociaux: "Adieu la Belgique! Je risque de devoir m'exiler…"Nulle envie, ici, de contester la nécessité d'une contribution plus juste. L'évitement d'impôts permet à trop de fortunes belges de passer sous les radars. Un renforcement de notre fiscalité à cet étage patrimonial permettrait un rééquilibrage des efforts dont notre pays a besoin.Mais cette réécriture ne doit pas se faire au détriment d'un patrimoine productif, dont les retombées (et les impôts) en Belgique se traduisent en emplois, en activité économique, en dynamisme entrepreneurial.Elle ne doit pas non plus se faire sur l'image simpliste d'une soi-disant caste de "riches" qui vampiriseraient la richesse du pays.Bref, ce ne sont pas des poètes, ni des ingénieurs, mais des tailleurs de costume qu'il nous faut dans nos équipes dirigeantes, avec une réponse précise à cette question: comment mesurer précisément la taille des épaules les plus larges pouvant être mises à contribution? Tout le reste ne sera que posture politicienne, un coup de chaud dans la cocotte-minute budgétaire.
Édito | C'est quoi être "riche"?
En proposant une taxe sur les grandes fortunes, le président des Engagés a relancé la musique des "épaules les plus larges". Mais avant de construire une fiscalité plus juste, il faudra bien définir ce qu'est être riche.











