Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Les débats sur l'éducation Les débats sur l'éducation Les débats sur l'éducation Tribune Philippe Meirieu Pédagogue Dans une tribune au « Monde », Philippe Meirieu, professeur en sciences de l’éducation, propose qu’une pédagogie de la parole authentique soit mise en place dans toute la société, en famille et à l’école, dès le plus jeune âge. Publié aujourd’hui à 06h30, modifié à 09h17 Temps de Lecture 4 min. Article réservé aux abonnés Cette tribune paraît dans « Le Monde de l’éducation ». Si vous êtes abonné au Monde, vous pouvez vous inscrire à cette lettre hebdomadaire en suivant ce lien. Après les scandales sur le périscolaire et l’affaire Bétharram, le meurtre de Lyhanna a fait ressurgir dans le débat public la question de la prise en compte de la parole des enfants. Déjà, lors du procès d’Outreau, s’étaient affrontés, d’une part, celles et ceux qui plaidaient pour une écoute inconditionnelle de l’enfant et, d’autre part, celles et ceux qui s’inquiétaient des conséquences parfois dramatiques de propos proférés sous le coup de l’émotion dans l’immaturité. Il n’est pas certain que nous ayons beaucoup progressé sur ce problème et, faute d’une élucidation des conditions de prise en compte de cette parole, on s’en tient le plus souvent à des déclarations générales – mais bien peu opérationnelles – sur la nécessité d’ « agir avec bienveillance et discernement ». Il faut, pour aller plus loin, s’interroger sur une question fondatrice : qu’est-ce qu’un enfant ? Juridiquement, c’est un être humain de moins de 18 ans. Mais cette définition est aussi indispensable qu’insuffisante. Fondée sur une césure nécessaire à tout Etat de droit – il faut bien statuer sur le moment où un individu peut être considéré comme un citoyen à part entière –, elle ignore ce qui fait la spécificité de l’enfant : c’est un être tout à la fois inachevé et complet. Il est inachevé car il vient au monde infiniment démuni et ne peut se développer sans l’accompagnement d’adultes qui ont, à son égard, un impérieux devoir d’antécédence. Mais il est aussi un être complet dont les gestes et les paroles témoignent d’une intériorité, certes en devenir, mais que les adultes ne peuvent ignorer, au risque, sinon, d’en entraver le développement. Rôle fondamental de l’éducation Ces deux dimensions de l’enfant ont pu parfois apparaître incompatibles : ainsi a-t-on pu voir s’opposer celles et ceux qui exigent qu’au nom de son inachèvement on le traite systématiquement comme un infans – celui qui ne parle pas, ou dont la parole doit être systématiquement mise en doute par l’adulte ; et celles et ceux qui, au nom du fait que « le bébé est une personne », exigent que sa parole soit entendue sans condition. Il vous reste 64.44% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.