A défaut de pouvoir quitter la ville écrasée de chaleur, pourquoi ne pas chercher un peu d’air frais dans sa bibliothèque ? Bains frissonnants, sensations maritimes, atmosphères océaniques... déjà, on respire mieux. Le bain de mer est « la voie de la joie sans raison », écrit Chantal Thomas dans son « Journal de nage ». Ici, la plage du Ris, à Douarnenez (Finistère). Photo BAHUON Mélanie / Mélanie BAHUON / Neutral Grey / saif images Par Nathalie Crom Publié le 21 juin 2026 à 14h11 Se baigner avec Chantal Thomas du côté de Nice ou d’Arcachon ; nager en compagnie des anciens Grecs, de Lord Byron, Johnny Weissmuller ou Tennessee Williams sous la houlette de l’érudit britannique Charles Sprawson ; chercher la vague idéale jusqu’aux confins des mers en compagnie du surfeur William Finnegan ; prendre le frais sur la lande bretonne avec Pascal Quignard pour guide... Quelques idées de lectures pour fuir, fût-ce en pensées, les températures extravagantes de ce mois de juin... “Journal de nage”, de Chantal Thomas Nager dans l’eau salée est, pour Chantal Thomas, une expérience initiatique sans fin, incessamment recommencée, et ses lecteurs le savent depuis longtemps — depuis le précieux bréviaire Comment supporter sa liberté (1998) dans lequel, se remémorant l’enfance, elle notait : « Du jour où j’ai su nager, [...] il me semble que je garde non un souvenir racontable, mais une trace vive, dont le réveil fait de chaque bain un émerveillement… » Caresse de l’eau sur la peau, sensation d’apesanteur, apprentissage de la volupté et de la valeur incomparable de l’instant : le bain de mer est « la voie de la joie sans raison », note-t-elle, un jour de juin 2021, dans ce Journal de nage, pour exprimer au plus juste la félicité qui l’emplit ce matin-là. | Éd. du Seuil, 160 p., 17 € et en poche chez Points. À lire aussi : L’écrivaine Chantal Thomas : “Nager, c’est faire l’expérience d’une dissolution de soi” “Héros et nageurs”, de Charles Sprawson Paru à Londres en 1992, Héros et nageurs est le seul livre qu’ait écrit Charles Sprawson (1941-2020) — le livre de toute une vie faite de lectures, de voyages, de bains de mer et d’eau douce. Ses quelque trois cents pages érudites, élégantes, subrepticement poétiques et méditatives, renferment en fait la matière de mille ouvrages : des personnages, des décors, des citations et des références littéraires, historiques ou sportives… Tout cela ordonné en une succession de chapitres qui canalisent, sans jamais le figer, le merveilleux, fluide et méticuleux savoir de l’auteur sur la nage et ceux qui, comme lui, s’y adonnent avec une ferveur toute religieuse. | Traduit de l’anglais par Guillaume Villeneuve, éd. Nevicata, 290 p., 22 € et en poche chez Champs-Flammarion. Lire la critique Héros et nageurs, l’ode à la nage de Charles Sprawson “Jours barbares”, de William Finnegan « Vivre comme des barbares de la fin des temps » : c’est en ces termes que WIlliam Finnegan, grand reporter pour The New Yorker depuis plus de quarante ans, résume les années de sa jeunesse qu’il consacra à la pratique du surf, et qu’il relate dans ces formidables Mémoires. Quittant les Etats-Unis à la fin de l’adolescence pour voyager en Australie, en Indonésie, aux îles Fidji..., vivant d’expédients et perpétuellement en quête de nouvelles vagues à conquérir. Avant cela, il y avait eu une enfance à Los Angeles puis à Hawaï, et, à l’âge de 10 ans, sur la plage de Malibu, la rencontre avec cette passion qui n’allait plus cesser de l’habiter : « Surfer, c’était juste un appel irrésistible — comme celui des sirènes aux oreilles d’Ulysse. » | Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Frank Reichert, éd. du Sous-sol, 524 p., 23,50 € et en poche chez Points. À lire aussi : William Finnegan, une plume qui a des vagues à l'âme “Les Solidarités mystérieuses”, de Pascal Quignard Claire a un beau jour mis la clé sous la porte, laissant derrière elle Paris, son métier de traductrice, sa vie d'avant, pour retourner là d'où elle vient. Dans le nord de la Bretagne, où elle a grandi : « Elle aimait ce lieu. Elle aimait cet air si transparent, par lequel tout était plus proche. Elle aimait cet air si vif, où tout s'entendait davantage. » Entre Claire et ce paysage fait de landes, de rochers à fleur d'eau, de vent, de mer grise et froide, Pascal Quignard orchestre ici de frissonnantes retrouvailles. Mettant au jour le lien secret (« une solidarité mystérieuse »), noué depuis le temps de l'enfance — antérieurement même, peut-être : depuis une époque archaïque et innommée —entre son héroïne et ce lieu. | Ed. Gallimard, 272 p., 18,50 € et en poche chez Folio. Lire la critique Les solidarités mystérieuses “La Mer dans la littérature française”, de Simon Leys Pour établir cette anthologie merveilleuse, l’écrivain et sinologue Simon Leys (1935-2014) a puisé dans son immense mémoire de lecteur, et dans sa bibliothèque, afin de composer un ensemble de textes qui, de Rabelais à Pierre Loti, embrasse trois siècles de littérature française ayant trait à l’océan — à l’eau douce, aussi, parfois. Faisant la part belle à Hugo car, explique Leys, plus qu’un décor ou un simple motif, dans Les Travailleurs de la mer, L’Homme qui rit et tant d’autres textes, « la mer nourrit sa pensée et son œuvre, elle lui offre métaphores philosophiques et sujets de poèmes ; surtout, elle devient la respiration même de sa prose, à laquelle elle confère souffle, immensité, visions, lumière, mouvement, mystère, énergie ». | Ed. Robert Laffont, coll. Bouquins, 1 400 p., 30 €. Lire la critique La Mer dans la littérature française Simon Leys Livres Océans Littérature Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus
Cinq livres pour se rafraîchir en bord de mer
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