Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Santé-environnement Santé-environnement Santé-environnement Tribune Malcom Ferdinand Politiste Christophe Lèguevaques Avocat Si le législateur a reconnu sa responsabilité dans le scandale sanitaire lié à ce pesticide utilisé dans les bananeraies des Antilles, l’Etat conteste devant la justice administrative avoir commis une faute, soulignent le politiste Malcom Ferdinand et l’avocat Christophe Lèguevaques dans une tribune au « Monde ». Publié le 19 juin 2026 à 09h00 Temps de Lecture 4 min. Article réservé aux abonnés Les Romains plaçaient au seuil de leurs maisons un dieu à deux visages : Janus, gardien des portes et des commencements, dont un regard se tournait vers ce qui vient et l’autre vers ce qui passe. Sur le chlordécone, la République s’est faite Janus, mais elle en a inversé le sens. Ses deux visages ne contemplent ni l’avenir ni le passé : l’un, tourné vers la nation, reconnaît, tandis que l’autre, tourné vers le juge, conteste. Sur le seuil, entre les deux, se tiennent les victimes, sommées de tenir pour vraies, dans le même instant, deux paroles qui s’excluent : l’une qui prétend honorer, l’autre qui offense. Le chlordécone est un pesticide organochloré utilisé dans les bananeraies de la Martinique et de la Guadeloupe de 1972 aux années 1990 en dépit des nombreuses alertes qui attestaient de sa dangerosité – interdiction générale aux Etats-Unis dès 1976, classée cancérigène probable par l’Organisation mondiale de la santé en 1979, interdiction par de nombreux pays de la Communauté économique européenne dès 1980. Organisé par les grands propriétaires et encadré par l’Etat français, son usage a causé une contamination durable et généralisée à l’ensemble du vivant, posant des problèmes de santé majeurs : retards du développement cognitif, visuel et moteur des enfants, augmentation de risque de cancer de la prostate. Faute d’études scientifiques, son impact sur la santé des femmes, pourtant bien réel, est mal documenté. Le premier visage de la République est celui de la solennité. Le 12 juin, la loi no 2026-491 a proclamé que « l’Etat reconnaît sa part de responsabilité ». Après des décennies de déni, l’aveu, pour les familles, a une valeur morale que nous ne négligerons pas. Mais le texte s’arrête au seuil. Il « s’assigne pour objectif » de dépolluer, d’accompagner, d’indemniser : se fixer un objectif n’oblige à rien. C’est annoncer une direction, non consentir une dette, c’est tracer un horizon, non ouvrir un droit. Le juriste Jean Foyer appelait « neutrons législatifs » les textes qui ont la forme de la loi sans en avoir la force : ni fonds, ni barème, ni date sinon une échéance, « au plus tard le 1er janvier 2026 », déjà périmée le jour du vote. Une loi qui promet d’indemniser et qui, pour toute indemnité, commande un rapport sur la possibilité, peut-être, un jour, d’indemniser. Il vous reste 63.64% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
Sur le chlordécone, « la République française prononce deux paroles qui s’excluent : l’une prétend honorer, l’autre offense »
TRIBUNE. Si le législateur a reconnu sa responsabilité dans le scandale sanitaire lié à ce pesticide utilisé dans les bananeraies des Antilles, l’Etat conteste devant la justice administrative avoir commis une faute, soulignent le politiste Malcom Ferdinand et l’avocat Christophe Lèguevaques dans une tribune au « Monde ».











