Ça n’allait pas être autrement qu’extraordinaire, cette première de spectacle dont le titre en intercalait deux. Dans la forêt des cœurs abîmés, ça désignait de toute évidence à la fois La forêt des mal-aimés, l’album le plus célébré de la carrière de Pierre Lapointe (son deuxième, sommet atteint dès 2006), et Dix chansons démodées pour ceux qui ont le cœur abîmé, son album le plus récent et le plus réussi des dernières années. On savait un peu à quel exploit s’attendre, la gérance ayant joyeusement sorti le chat du sac. Dans cette soirée de Pierre Lapointe à la Maison symphonique avec l’Orchestre Métropolitain dirigé par Thomas Leduc-Moreau, il n’y aurait pas de piano.Ça mérite des majuscules : PAS DE PIANO. Pierre Lapointe, auteur-compositeur-interprète dont l’instrument de création de base se divise en 88 notes noires et blanches et contient toutes ses mélodies, sans ledit instrument. Couteau sans lame auquel il manque le manche, comme dit l’expression. L’orchestre aurait des tas de percussions, mais pas de batterie. Un bon nombre d’instruments à cordes, du violon à la harpe, mais pas de guitares. Vents, cuivres et bois autant que vous voulez, mais pas de basse électrique. Un grand combo dans la tradition des orchestres de studio européens des années 1950 et 1960, pour tout dire. On aurait pu être avec les Michel Colombier, Francis Lai, Alain Goraguer, Paul Mauriat et leurs musiciens légendaires.Le travail fouL’intention, Pierre Lapointe nous l’a expliqué à son arrivée sur scène, était, pour le contenu des deux albums interprétés intégralement (dans le même ordre que sur les disques d’origine, allait-on constater), de tout réarranger radicalement. Travail fou confié à un dingue des arrangements : Antoine Gratton. Mesurez la tâche : La forêt des mal-aimés avait été réalisé par Jean Massicote, précisément parce qu’il était pianiste de grande réputation. Des musiciens pop-rock de haute volée avaient complété cette rencontre de pianistes. Antoine Gratton partait de là, pour tout défaire et refaire, avec Pierre Lapointe dans le seul rôle du chanteur marchant de bord en bord de la scène devant le bel orchestre et son chef.
«Dans la forêt des cœurs abîmés» : Pierre Lapointe rattache et réinvente ses chefs-d’œuvre
Aux côtés de l’Orchestre métropolitain, Lapointe a livré une réinterprétation magistrale de deux de ses albums phares.








