Qui serait porté à croire que toutes les productions de la série Hommage du Cirque du Soleil se ressemblent se verrait fortement démenti par le spectacle proposé cette année à Trois-Rivières. Si l’œuvre musicale de Jean Leloup semble se prêter tout naturellement à l’exercice circassien par sa fantaisie intrinsèque — qui trouve effectivement écho dans la facture visuelle de Paradis perdus — la metteuse en scène Marie-Ève Milot alterne peu entre rythmes enlevés et balades, mais a opté, en vaste mesure, pour des chansons liées les unes aux autres par une unité relative de tempo (Le dôme, Les fourmis, Paradis City, Les moments parfaits, Balade à Toronto, Sang d’encre, I lost my baby…), entre l’andante et l’allegretto, disons, dans une continuité stylistique à laquelle contribuent les habiles arrangements musicaux de Jean-Phi Goncalves. De ces chansons émane une quête de sérénité, en quelque sorte.Celle-ci s’avère menée par une pléthore de personnages excentriques. Comme si les esthétiques punk, steampunk et grunge s’étaient acoquinées sur L’île du docteur Moreau. Les environnements scénique (fait de stalagmites et stalactites surdimensionnées pastichant des végétaux) et sonore évoquent d’ailleurs, d’abord, une nature mystérieuse où s’aventureraient ces loustics. L’idée est certes intéressante, mais c’est en deuxième partie que la scénographie de Geneviève Lizotte et les éclairages d’Étienne Boucher (absolument magnifiques, notamment nourris de faisceaux colorés et accentués d’autres sources lumineuses ponctuelles, dont de petites lueurs scintillantes couvrant un rideau) révèlent l’amplitude de leur éblouissant potentiel. C’est lors de ce second segment que le spectacle passe d’une suite de numéros manquant par moment de souffle (pensons, paradoxalement, à celui correspondant à la seule chanson à la cadence endiablée du spectacle, 1990, composé d’un parcours à obstacles et de danse) à un univers artistique cohérent, séduisant et porteur.