La crise du logement est un vecteur de violence conjugale et de décrochage scolaire, selon le troisième volet de la vaste étude de l’Observatoire québécois des inégalités (OQI) intitulée « La facture collective de la crise du logement au Québec ».Après avoir évalué le coût annuel de la crise pour l’économie québécoise en général (4,2 milliards de dollars) et celui pour le système de santé (2 milliards de dollars), le troisième volet publié ce jeudi fait état de ses répercussions sur la violence conjugale et sur la réussite scolaire.La crise du logement amène plusieurs ménages à habiter un logement trop petit ou surpeuplé, une situation comportant un risque plus élevé de violence conjugale, explique la sociologue et chercheuse Sandy Torres, de l’OQI.« La taille insuffisante ou un logement surpeuplé fait que la promiscuité, l’espace inadéquat, ça génère des tensions, ça génère des conflits qui peuvent dégénérer en actes agressifs, quel que soit le type d’actes, ça peut être toutes sortes de types de violence, psychologiques, physiques, etc. », dit-elle.La chercheuse avertit toutefois que l’étude ne permet que d’établir des liens dans les limites de la méthodologie. « Effectivement, on est dans la corrélation. On ne prétend pas du tout établir un lien de cause à effet. Ce sont des probabilités qui sont calculées et ce qu’elles nous disent, c’est qu’il y a un risque accru de vivre de la violence conjugale, risque qui a été chiffré à 7,8 % de plus par rapport à ceux qui vivent dans un logement qui n’est pas surpeuplé. »Prisonnières de leur logementOr, les personnes habitant un logement de taille inadéquate y sont habituellement parce qu’elles n’ont pas les moyens de trouver mieux, ce qui a un double impact dans les cas de violence conjugale, explique Mme Torres.« Les difficultés financières limitent la sortie de relations violentes. C’est très clair et ça ressort de façon récurrente que le manque d’abordabilité de logements, le manque de logements sociaux pour les personnes qui ont peu de moyens financiers, c’est un frein à la sortie de relations violentes et ça constitue vraiment un obstacle majeur. »Son collègue Geoffroy Boucher, économiste à l’Observatoire, donne plus de détails. « En 2021-2022, environ 12,7 % des personnes qui ont subi un acte de violence entre partenaires intimes au cours des 12 derniers mois ont quitté le domicile commun. »Même si la majorité des personnes qui ont fui la violence ont trouvé refuge temporairement chez des membres de la famille ou des amis et qu’une bonne part d’entre elles ont déménagé, « il y a quand même également 7,8 % des personnes qui ont quitté leur domicile en raison de violences domestiques qui ont indiqué résider dans un lieu public non destiné à l’habitation et là, on peut penser à des situations d’itinérance », poursuit l’économiste.Aussi, ajoute-t-il, la capacité de fuir la violence est directement liée à la situation socioéconomique. « Il y a quand même des gens qui décident de quitter le domicile commun, mais on voit que la proportion est moindre chez les personnes qui se déclarent à faible revenu que chez les personnes qui sont à l’aise financièrement. »Le poids de la pauvretéLes données de l’étude confirment cet énoncé puisque les analyses statistiques révèlent que les personnes se percevant comme très pauvres avaient 59 % plus de risque d’avoir songé à quitter le domicile commun en raison de la violence subie, mais ne pas l’avoir fait, comparativement aux personnes se percevant à l’aise financièrement.Non seulement la pauvreté enferme-t-elle des victimes de violence dans leur logement, elle en multiplie les victimes. L’enquête nous apprend aussi que les personnes se percevant comme très pauvres ont 65,5 % plus de risque de déclarer avoir subi de la violence au cours de leur vie que les personnes se disant à l’aise financièrement.
Les victimes de la crise du logement plus à risque de violence conjugale et de décrochage scolaire
L’Observatoire québécois des inégalités avait déjà évalué son coût pour l’économie québécoise et le système de santé.










