Du 18 au 21 juin, Art Basel réunit 290 galeries à Bâle dans un marché de l’art qui s’est repris mais reste fragile. Vincenzo de Bellis, son directeur mondial, défend sa foire-mère entre valeurs sûres, numérique et pari qatari.Le résuméMarché ralenti, acheteurs plus prudents: Bâle doit recréer de la rareté et de la confiance."Basel Exclusive", "Unlimited" et "Zero 10" réaffirment la foire comme lieu d’expérience physique.Art Basel consolide son centre suisse tout en testant Doha et le Sud global pour continuer à croître.Art Basel ouvre son édition bâloise 2026 dans un marché de l’art qui respire à nouveau, sans avoir retrouvé tout son souffle. Du 18 au 21 juin, la foire-mère réunit en Suisse 290 galeries venues de 43 pays et territoires, avec 21 nouveaux entrants. L’ampleur est intacte. Mais l’enjeu s’est déplacé: dans un marché plus prudent, plus sélectif et plus exposé aux chocs géopolitiques, Bâle doit prouver que la foire physique reste le lieu où le marché se regarde, se jauge et se décide.La nouveauté la plus symptomatique s’appelle "Basel Exclusive". Développée avec les galeries, elle réserve certaines œuvres majeures à une première présentation physique lors de l’ouverture VIP. À l’heure où les collectionneurs découvrent déjà les œuvres par PDF ou previews numériques, Art Basel tente de restaurer la rareté de l'instant: voir une œuvre pour la première fois, au bon endroit, avec les autres acteurs du marché. Si la foire doit protéger cette première apparition, c’est que le numérique et les ventes en amont ont entamé l’effet de surprise.Fly through the Unlimited sector at Art Basel 2026Formats curatoriauxL’édition 2026 muscle aussi ses formats curatoriaux. "Unlimited", dédié aux œuvres monumentales et aux projets impossibles à contenir dans un stand classique, est confié pour la première fois à Ruba Katrib, du MoMA PS1: 59 projets portés par 66 galeries, entre installation, sculpture, performance, film et environnements immersifs. "Zero 10", initiative consacrée à l’art de l’ère numérique, fait ses débuts à Bâle dans un format élargi co-curaté par Trevor Paglen et Eli Scheinman. Bâle ne se contente donc pas d’aligner des stands: la foire tente d’anticiper les besoins et les tendances du marché."Cette situation instable ne freine pas l’acquisition d’œuvres, avec une hausse de 4 % en glissement annuel du total des ventes et, surtout, de 5 % sur les foires."Vincenzo de BellisDirecteur mondial d'Art BaselCe récit s’écrit dans un contexte moins euphorique qu’au sortir du covid. Selon le rapport Art Basel/UBS 2026, qui porte sur 2025, le marché mondial de l’art a connu deux années de recul avant de légèrement rebondir: 65 milliards de dollars en 2023 (-4%), puis 57,5 milliards en 2024 (-12%), avant de remonter à 59,6 milliards en 2025 (+4%). La reprise existe donc, mais reste inégale. Les marchands progressent de 2%, les enchères publiques de 9%, portées par le retour de grandes pièces et de valeurs sûres. Le marché intermédiaire demeure plus exposé: coûts en hausse, collectionneurs attentistes, ralentissement chinois, incertitudes géopolitiques.Vincenzo de Bellis, nommé en 2022 directeur artistique et directeur mondial des foires d’Art Basel. ©Matthieu CroizierVincenzo de Bellis, nommé en 2022 directeur artistique et directeur mondial des foires d’Art Basel, avance que les premiers chiffres officieux de 2026 sur les foires et les ventes aux enchères sont plutôt positifs. «La situation instable ne freine pas l’acquisition d’œuvres, avec une hausse de 4 % en glissement annuel du total des ventes et, surtout, de 5 % sur les foires, dit-il à L’Echo. En revanche, les ventes en ligne ont diminué, ce qui vaut pour toutes les foires d’Art Basel». "À Art Basel Hong Kong, à l’identité plus asiatique, les galeries et les œuvres sont influencées par cette région. Art Basel Miami sera plus américaine. Art Basel Paris a un ADN très français."Vincenzo de BellisDirecteur mondial d'Art BaselIl faut l’entendre, mais aussi borner son diagnostic. Le rapport officiel disponible s’arrête à 2025. Il ne mesure donc pas les effets de la guerre au Moyen-Orient de 2026, du blocage du détroit d’Ormuz et de leurs répercussions sur l’énergie, l’inflation et la confiance des investisseurs. Sans pouvoir en chiffrer l’impact sur l’art, ce nouvel épisode ajoute une incertitude à un marché déjà plus lent.C’est dans ce climat que de Bellis pilote les foires d’Art Basel. Il insiste sur des standards globaux, mais défend des foires différenciées. «Par exemple, à Art Basel Hong Kong, à l’identité plus asiatique, les galeries et les œuvres sont influencées par cette région. Art Basel Miami sera plus américaine. Art Basel Paris a un ADN très français, poursuit-il. En revanche, Art Basel Bâle, plus grande et plus internationale, donne en quelque sorte le rythme général».Le siège d'Art Basel Qatar, à Doha. ©Art BaselL’expansion par le Sud globalL’expansion se jouera pourtant ailleurs. Après Paris, Art Basel a lancé Qatar, à Doha, en février dernier, dans un format plus resserré: 87 galeries, davantage de solo shows, une attention portée à la région MENASA – Moyen-Orient, Afrique du Nord, Asie du Sud. De Bellis y voit un marché à construire progressivement, connecté au Sud global et à des artistes encore en quête de visibilité. Mais Doha n’est pas un simple relais de croissance. C’est aussi une scène de soft power, où marché, diplomatie culturelle et tensions géopolitiques sont indissociables."Je reste prudente – et je ressens la même réserve autour de moi, tempérait la critique d’art Georgina Adam (L'Echo du 4 février 2026). Pour l’instant, il n’y a pas encore de base de collectionneurs très large, ni une population importante. En revanche, il y a des individus extrêmement riches et beaucoup de capitaux disponibles.""Nous sommes d’avis qu’il y a place pour tout le monde et que les foires opérant sur les marchés du Sud global s’entraident en le développant."Vincenzo de BellisDirecteur mondial d'Art BaselFace à Frieze, l’autre grand consortium de foires d’art, qui avance vers Abou Dhabi, de Bellis défend l’idée d’une coexistence concurrentielle: "Nous sommes d’avis qu’il y a place pour tout le monde et que les foires opérant sur ces marchés s’entraident en le développant". Art Basel, dit-il encore, n’envisage pas de nouvelle foire à court terme: cinq rendez-vous majeurs, auxquels s’ajoute Art Week Tokyo comme plateforme associée, suffisent à structurer le réseau.Reste Bâle qui s’ouvre ce jeudi 18 juin. Dans un marché où l’argent circule moins vite, où les acheteurs arbitrent davantage et où les galeries doivent justifier chaque déplacement, la foire suisse conserve sa fonction de thermomètre. À suivre...L'installation commandée à Ibrahim Mahama par Art Basel pour la Munsterplatz de Bâle. ©Courtesy of Art BaselLes Belges en force à BâleÀ Bâle, les galeries implantées en Belgique appartiennent à deux familles: celles qui sont nées belges et celles qui le sont devenues par implantation, le plus souvent depuis la France ou les États-Unis. La première réunit les Bruxelloises Xavier Hufkens, Greta Meert, Jan Mot, Vedovi et l’Anversois Tim Van Laere. La seconde rassemble Gladstone (New York, Séoul, Bruxelles), Mendes Wood DM (São Paulo, New York, Paris, Bruxelles), Nathalie Obadia (Paris, Bruxelles), Almine Rech (Paris, New York, Shanghai, Bruxelles, Londres, Gstaad), Templon (Paris, Bruxelles), Christophe Gaillard (Paris, Bruxelles) et Bernier/Eliades (Athènes, Bruxelles).Projets d'artistesÀ cela s’ajoutent plusieurs projets d’artistes dans les sections curatoriales. Dans «Unlimited», Edith Dekyndt est présentée avec les galeries Konrad Fischer, Greta Meert et Karin Guenther, tandis que Luc Tuymans l’est chez David Zwirner. Dans "Parcours", Pélagie Gbaguidi (lire notre article ici) est associée aux galeries Fortes D’Aloia & Gabriel, Goodman et Tim Van Laere; Rinus Van de Velde est également présenté avec Tim Van Laere. (JFHG)"Fragmentation", de Pélagie Gbaguidi, à voir à la Clarakiche de Bâle, dans la section Parcours d'Art Basel, jusqu'au dimanche 21 juin 2026. ©Courtesy of Art Basel
Art Basel 2026: à Bâle, le marché de l’art teste sa reprise
Du 18 au 21 juin, Art Basel réunit 290 galeries à Bâle dans un marché de l’art qui s’est repris mais reste fragile. Vincenzo de Bellis, son directeur mondial, défend sa foire-mère entre valeurs sûres, numérique et pari qatari.












