Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Mort de Lyhanna Mort de Lyhanna Mort de Lyhanna Analyse Grégoire Biseau La vague d’émotion et de colère qui a suivi la mort de la jeune adolescente dans le Gers traduit l’immense attente de la société en matière de violences sexuelles et la colère envers une institution judiciaire anémiée par des années d’austérité financière et qui croule sous le nombre de plaintes. Publié aujourd’hui à 08h00 Temps de Lecture 3 min. Article réservé aux abonnés Deux semaines après la découverte du corps de Lyhanna, 11 ans, abandonné dans un silo à grains dans le Gers, la vague d’émotion et de colère qui s’est emparée d’une grande partie du pays n’est toujours pas retombée. Les conclusions des enquêtes administratives, attendues lundi 22 juin, doivent répondre à la question de savoir si les ratés de la justice, notamment dans le suivi des antécédents du principal suspect, Jérôme Barella, relèvent de fautes individuelles, de dysfonctionnements plus systémiques ou des deux. En attendant, tous les parquets des 164 tribunaux de France ont entrepris le travail d’éplucher les 70 000 plaintes impliquant des mineurs victimes, pour tenter d’établir si d’autres affaires Barella peuvent éventuellement s’y cacher. Sur la foi de ce que racontent les magistrats, sous le couvert de l’anonymat, on peut d’ores et déjà répondre par l’affirmative. Avocats et juges partagent en effet le même constat : dans cette immense forêt des agressions sexuelles commises sur des mineurs, et plus largement des féminicides et des violences intrafamiliales, cette affaire et son onde de choc ne sont une surprise pour personne. Tous les ingrédients d’une crise de confiance des Français envers leur justice sont en place, au moins depuis la révolution MeToo. La libération de la parole continue de faire remonter à la surface des drames qui vivaient jusqu’à présent dissimulés dans le secret de l’intimité familiale. La masse des signalements et des plaintes, enregistrées chaque jour par la machine judiciaire, n’en finit pas, d’ailleurs, de sidérer les magistrats. En dix ans, entre 2014 et 2024, les plaintes pour violences conjugales enregistrées par la justice ont été multipliées par trois, passant de 43 760 à 124 000. Même progression pour les violences sexuelles, passant de 59 000 à 154 000 affaires. Or, comme le rappelait sur France Inter le 8 juin le juge Edouard Durand, l’ancien président de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants, l’impérieuse nécessité de s’attaquer à ce déni collectif de la culture du viol et de l’inceste n’est toujours pas partagée, ni portée par nos élites. La puissance de cette déferlante, probablement sans précédent dans notre histoire, est venue s’abattre sur une institution judiciaire déjà en souffrance. Voilà des années que le ministère de la justice fait figure de parent pauvre des arbitrages budgétaires de nos politiques publiques. Certes, les Etats généraux de la justice, lancés en octobre 2021 par l’ex-garde des sceaux Eric Dupond-Moretti, ont débouché sur une loi de programmation pluriannuelle ambitieuse qui s’est fixé une hausse du budget de 20 % sur la période 2023-2027. Mais le corps social de la justice a été beaucoup trop fragilisé par de nombreuses années d’austérité. Un seul chiffre pour prendre la mesure du mal français : la France compte 3,2 procureurs en 2022 (dernier chiffre disponible) pour 100 000 habitants, contre une moyenne européenne de 11,2. Il vous reste 49.38% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.