Un incendie a complètement détruit la maison dite de Saint-Hubert, l’un des immeubles patrimoniaux les plus remarquables de la vallée du Richelieu.L’incendie a eu lieu durant la fin de semaine, dans la nuit de samedi à dimanche. Le bâtiment était déjà un brasier lorsque les pompiers de la ville de Chamby se sont présentés sur place, en pleine nuit. « Il semblerait y avoir eu une détonation », a indiqué le chef des pompiers au Journal de Chambly ainsi que des témoins, rapporte le journal local.Les circonstances exactes de l’incendie demeurent inconnues. La Régie intermunicipale de police Richelieu–Saint-Laurent conduit son enquête.Classée immeuble patrimonial depuis 1962, cette demeure de pierre remonte à la fin du XVIIIe siècle. Elle daterait de 1785, selon le Répertoire du patrimoine culturel québécois. La maison Saint-Hubert représentait l’un des exemples les plus anciens de demeure rurale conservés dans la région. Son corps principal et son annexe, probablement utilisée comme cuisine d’été au XIXe siècle, témoignaient d’une architecture traditionnelle du Canada français, avec leurs murs de pierres, leurs cheminées latérales et leurs toits à deux versants retroussés par des coyaux. La demeure était coiffée d’une couverture de bardeaux de cèdre et percée de fenêtres à battants à petits carreaux, caractéristiques de l’architecture rurale de cette époque.Un vieux combatL’intérêt de cette demeure tenait aussi au fait qu’elle rappelait un combat pour la sauvegarde du patrimoine bâti au Québec. Au début des années 1960, l’édifice était menacé de démolition. Dans l’effervescence de cette période de transformation rapide, on démolit allègrement des bâtiments anciens. Des quartiers anciens disparaissent tout entiers. Des routes nouvelles ne s’embarrassent pas de vieilles demeures. Quantité de bâtiments historiques sont alors abandonnés ou détruits.Pour sauver certains de ces rares témoins d’un savoir-faire passé, une solution très populaire consiste à les déplacer. En 1961, la Commission des monuments historiques devient propriétaire de la maison de Saint-Hubert. Le bâtiment est démonté puis transporté à Carignan, sur le terrain de l’antiquaire Antoine Prévost. Celui-ci rêve alors de créer un vaste village historique canadien-français composé de toutes sortes de bâtiments anciens récupérés aux quatre coins du Québec.Cette manière d’intervenir sur le patrimoine est alors largement admise. On met en quelque sorte ces demeures au musée. À une époque où les grands projets de modernisation menacent de nombreux bâtiments anciens, le déplacement et la reconstruction apparaissent souvent comme un heureux compromis entre la conservation du passé et les exigences du développement.Le projet reçoit l’appui de Paul Gouin, fils de l’ancien premier ministre Lomer Gouin. Figure marquante du mouvement de sauvegarde du patrimoine au Québec, Paul Gouin préside alors la Commission des monuments historiques. Convaincu de l’importance de préserver les traces matérielles du passé canadien-français, il soutient activement l’initiative. La maison de Saint-Hubert devient l’une des principales composantes du village historique Jacques-de-Chambly.Reconstruite entre 1961 et 1962, selon les plans de l’architecte Victor Depocas, la maison est classée immeuble patrimonial la même année. Le terrain du village historique est lui-même protégé en 1964. La maison bénéficie également d’une aire de protection et s’intègre à l’arrondissement historique de Carignan, où elle côtoie notamment la maison Louis-Degneau, elle aussi classée.Le projet de village historique ne connaîtra toutefois pas le succès espéré. Faute de visiteurs, ce projet ferme ses portes dès 1967. La maison de Saint-Hubert demeure néanmoins sur place, survivant à la disparition de l’ensemble dont elle faisait partie.Pendant plus de soixante ans, elle a ainsi continué à rappeler une époque où l’on croyait pouvoir sauver le patrimoine en le déplaçant plutôt qu’en le conservant dans son milieu d’origine. Une approche qui n’est d’ailleurs pas tout à fait disparue. Sa valeur patrimoniale reposait donc autant sur son ancienneté que sur ce qu’elle racontait de l’évolution des pratiques de conservation du patrimoine au Québec.